Changement profond de la Constitution, tourner la page des différends, œuvrer tous ensemble pour l’instauration d’une nouvelle République et d’un Etat de droit, respect des libertés individuelles, de la liberté d’expression et de manifester, redistribuer équitablement les richesses pour une justice sociale, donner la chance aux jeunes, redynamiser l’économie nationale, soutenir les hommes d’affaires intègres, garantir la souveraineté de l’Algérie et consolider sa place dans le concert des nations. Tels sont les points focaux évoqués par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dans son premier discours officiel, dans lequel il a déroulé son programme ainsi que les priorités de l’heure qui s’imposent au pays.

Dans ce premier discours, franc et sans détours, prononcé, jeudi dernier, après la prestation de serment et l’investiture, il a tout d’abord formulé son engagement à réaliser ce qui reste des revendications populaires, à travers le dialogue et la concertation, tout en appelant à préserver l’unité nationale dans le contexte très sensible que traverse le pays et devant les défis auxquels il doit faire face pour bâtir une nouvelle République et éviter des lendemains incertains. «Ce qui reste à réaliser des revendications du Hirak, je réitère mes engagements et je tends la main à tous pour sa concrétisation dans un cadre de consensus national et de respect de la loi de la République. En cette période délicate, il nous faut classer les priorités pour éviter des lendemains incertains. L’Etat est à l’écoute des aspirations profondes et légitimes de notre peuple au changement radical du mode de gouvernance et à l’avènement d’une nouvelle ère, fondée sur le respect des principes de la démocratie, de l’Etat de droit, de la justice sociale et des droits de l’homme», a-t-il déclaré au début de son discours.
Lançant un appel à tous les Algériens, il a affirmé qu’«aujourd’hui, nous devons tous tourner la page des différends, de la dispersion et de la division, qui sont des facteurs de destruction et de désintégration. Nous sommes tous Algériens et il n’y en a pas ceux qui sont meilleurs que d’autres, si ce n’est le travail sincère et loyal au service de notre chère Algérie, comme l’ont fait nos aïeux avec leurs sacrifices et abnégation». Poursuivant dans le même sens, il a soutenu que «nous sommes dans l’obligation et n’avons d’autre choix, tous, où que nous soyons et quelles que soient nos obédiences culturelles et politiques, que de mettre la main dans la main pour réaliser les rêves de nos prédécesseurs, de notre jeunesse et des générations futures de l’Algérie, et de bâtir une nouvelle République forte et crainte, stable et prospère». Pour relever les défis auxquels se trouve confronté notre pays, M. Tebboune a affirmé qu’il est nécessaire de dépasser le plus vite possible la situation politique actuelle afin de pouvoir examiner les questions essentielles et adopter une stratégie globale, fondée sur une vision politique claire, dans le but de rétablir la confiance du peuple en son Etat et d’assurer sa mobilisation pour garantir la stabilité et l’avenir du pays». Cette stratégie vise à «restaurer l’autorité de l’Etat, à travers la poursuite de la lutte contre la corruption, la politique d’impunité et les pratiques relatives à la distribution anarchique des recettes pétrolières».
Constitution : changement profond dans les mois ou semaines à venir
M. Tebboune a réitéré la priorité contenue dans ses engagements et qui consiste à opérer «un changement profond de la Constitution, dans les mois ou dans les semaines à venir, pour en faire la pierre angulaire de l’édification d’une nouvelle République, et ce, afin de réaliser les revendications du peuple exprimées par le Hirak». Il a, ainsi, expliqué que le changement touchera à plusieurs aspects concernant les prérogatives du président de la République. «La prochaine Constitution ne permettra qu’un seul mandat au Président, renouvelable une seule fois. Elle réduira également les prérogatives du président de la République, prémunira le pays contre toute autocratie, garantira la séparation des pouvoirs, assurera leur équilibre, confortera la lutte contre la corruption et protègera les libertés individuelles, la liberté d’expression et la liberté de manifestation», a-t-il résumé. Le Président s’est engagé, également, à moraliser la vie politique en la soustrayant à l’argent sale, et à réhabiliter les instances élues à travers la nouvelle loi électorale qui accordera une plus grande chance aux jeunes, notamment les universitaires, de se porter candidats. Et pour prémunir les jeunes contre l’argent sale, c’est l’Etat qui prendra en charge les frais de leurs campagnes électorales. Notons qu’il a décidé d’enlever le titre d’«Excellence» dans l’appellation du président de la République et de le remplacer simplement par «Monsieur le président».

Economie : l’impérative relance
Par ailleurs, M. Tebboune a longuement développé les volets économique et social de son programme, en énumérant les secteurs un par un (agriculture, tourisme, énergies renouvelables, habitat, santé, éducation, tourisme, culture, sport), tout en insistant sur l’impérative relance du développement économique, à travers de grands projets et infrastructures de base, l’encouragement de l’investissement productif, la diversification du tissu industriel à travers la promotion des PME et l’activité économique créatrice de postes d’emploi. Il a, entre autres, annoncé une refonte du système fiscal et la promotion des énergies renouvelables, comme il a adressé un signal fort aux hommes d’affaires et chefs d’entreprise intègres, les invitant à «investir avec force pour développer et diversifier l’économie nationale», tout en les assurant de son «plein soutien». L’implication des représentations diplomatiques dans le volet économique sera également sollicitée.Concernant le volet social, il a affirmé que «l’Etat protégera la classe moyenne et notamment les couches défavorisées et vulnérables, augmentera le pouvoir d’achat de tous les citoyens, tout en supprimant l’impôt pour les catégories à faible revenu», et ce, afin de leur assurer une vie digne. Comme il a assuré que l’Etat s’attèlera à éradiquer définitivement la crise du logement en déclarant : «Je n’accepterai jamais qu’un Algérien vive dans un taudis ou une baraque, par souci de préserver sa dignité».

Politique étrangère : l’Algérie fidèle à ses principes
A propos de la politique étrangère, «l’intérêt de l’Algérie, sa souveraineté et son principe de non-ingérence dans les affaires internes des autres pays, tout en rejetant fermement et catégoriquement toute tentative d’immixtion dans ses affaires internes» demeurent parmi les constantes du pays, selon le nouveau Président, qui a réitéré «l’attachement de l’Algérie à entretenir des relations d’amitié et de coopération avec l’ensemble des pays du Monde, excepté ceux avec lesquels elle n’a pas de relations diplomatiques pour des raisons objectives». La construction de l’édifice maghrébin fera partie des préoccupations de l’Etat algérien qui œuvrera inlassablement à la préservation des relations de bon voisinage et des liens de fraternité et de coopération avec tous les Etats du Maghreb Arabe.
«Que nos voisins soient assurés que rien de mal ou de négatif n’émanera de nous», a-t-il assuré. Il a, par ailleurs, réaffirmé les positions de l’Algérie concernant la Libye, le Sahara occidental, la Palestine, le Mali et la Ligue arabe, tout en plaidant pour la stabilité de la région du Sahel. Enfin, le président a réitéré la disponibilité de l’Algérie à coopérer avec tous les Etats en matière de lutte contre le terrorisme international, le crime organisé et transfrontalier et tous les fléaux sociaux mondiaux pour contribuer efficacement à la consolidation de la paix et de la sécurité internationales. n