Par Lyes Sakhi
Le président de la République confirme le grand virage social qu’il a amorcé voici presque trois mois lorsqu’il a annoncé, le 15 février dernier, le versement d’une «allocation chômage» de 13000 dinars aux sans-emploi, une population évaluée par le directeur général de l’Agence nationale de l’emploi (ANEM) à 500.000 jeunes demandeurs de travail.
La confirmation de ce virage est venue, dimanche 10 avril, à l’issue du Conseil des ministres qu’il a présidé et dont les résolutions phares ont pratiquement toutes concerné le volet social de la politique du gouvernement. Certaines d’entre elles étaient plus souhaitables. A vrai dire, elles étaient attendues depuis des années et relèvent, en ces temps d’inflation et de forte dégradation du pouvoir d’achat, de l’équité sociale. Comme de décider de relever de 10% les pensions de retraite inférieures ou égales à 15 000 dinars ; ou d’augmenter de 5% les pensions comprises entre 15 et 20.000 dinars, de rehausser de 3% les pensions situées entre 20 et 43.000 dinars, et d’augmenter de 2% les pensions de plus de 43.000 dinars.
Toutes ces décisions ne sont pas surprenantes et s’avèrent conformes au programme du chef de l’Etat. A son élection, fin décembre 2019, M. Tebboune avait promis à l’issue d’une campagne bâtie en grande partie sur la question sociale qu’il allait entre autres augmenter les bas salaires et exonérer des impôts les personnes à faible rémunération.
Plus récemment, fin décembre 2020, il a fait du dossier du développement des «zones d’ombre», ces déserts socio-économiques qui assombrissent nos territoires, une «priorité» en même temps que la prise en charge de leurs populations.
La relative surprise vient toutefois de la décision de l’intégration des «contractuels» de l’Education nationale, ces personnels qui travaillent sous contrat à durée déterminée (CDD). Il y a quelques jours seulement, ces contractuels multipliaient les actions de protection devant les directions régionales de leur ministère. Désormais, leur revendication d’obtenir un CDI est satisfaite. Un acte de justice, aussi, quand on sait que certains d’entre eux sont en poste depuis dix ans et qu’il existerait, selon les syndicats du secteur qui appelaient à leur régularisation, des postes budgétaires vacants et des besoins importants en encadrement administratif et même pédagogique.
Dorénavant, il s’agira, pour la tutelle, de faire le point : combien sont-ils réellement à avoir attendu cette régularisation ? Cette question qui parait aujourd’hui accessoire, ne l’est pourtant pas : les chiffres doivent être sérieusement fixés. En outre, un fonctionnaire à l’emploi précaire, quel que soit la hauteur de conscience professionnelle, ne propose pas toujours un travail de qualité dans un environnement de travail considéré par tous comme l’un des plus usants…
Mais revenons aux décisions du chef de l’Etat au dernier conseil des ministres. S’il est indiscutable qu’il s’est montré sensible à la question sociale, c’est certainement le confort économique dans lequel se trouve maintenant le pays qui l’a aidé à tenir ses promesses à la classe laborieuse et aux couches vulnérables de la société. Les seuils atteints depuis quelques semaines par les prix du baril l’ont certainement servi dans la politique sociale qu’il a affichée depuis qu’il est à la tête du pays. Pour laquelle, il entend aller plus loin puisqu’il a ordonné, en Conseil des ministres, d’élaborer un fichier définitif de recensement des bénéficiaires des contrats pré-emploi, notamment ceux inscrits au dispositif d’aide à l’insertion professionnelle les DAIP et d’insertion sociale des jeunes diplômés (PID), en «prévision» de leur insertion définitive dans leurs postes. Une chance, en somme. Qu’il s’agit de faire tourner dans le sens de la durée. Non pas en comptant sur la conjoncture pétrolière, qui peut poursuivre son embellie, mais pas éternellement. Mais en réussissant le pari des «réformes structurelles» qu’il a promis de réaliser en cette année 2022 et en atteignant l’objectif de créer de l’emploi par l’entreprise et l’économie.