Plus qu’une voie, symbole antique et inégal des échanges entre les deux rives de la Méditerranée, c’est une autoroute que l’Algérie et l’Italie semblent vouloir ouvrir pour renforcer – après la visite d’État du président Tebboune – une coopération davantage énergétique aujourd’hui, ouverte demain sur différents secteurs d’activité et de développement.

Par Feriel Nourine
C’est une mission pleine que vient d’effectuer Abdelmadjid Tebboune en Italie. Les trois jours de la visite d’Etat à Rome et Naples par le président de la République auront, en effet, été denses en matière d’entretiens avec les plus hauts responsables du pays hôte, dont le président italien Sergio Mattarella. Des signatures d’accords bilatéraux sont venus consolider la coopération «stratégique» entre les deux pays, sur fond d’une «convergence totale» exprimée de part et d’autre autour des intérêts communs.
Accompagné d’une forte délégation, M. Tebboune a eu droit à un programme intense dont la consistance n’a d’égal que l’accueil solennel et chaleureux qui lui a été réservé, d’abord au Palais présidentiel du Quirinal par son homologue italien avec lequel il s’est entretenu en tête-à-tête. Puis, au Palais Chigi, siège de la présidence du Conseil des ministres, où il a été reçu par le président du Conseil Mario Draghi, au Sénat italien, où il s’est entretenu avec la présidente de cette haute institution Maria Elisabetha Alberti Casetalli, ou encore au siège du Parlement italien où il a eu également des entretiens avec le président de la Chambre des députés Roberto Fico.
Côté accords, la coopération algéro-italienne a profité de cette visite pour se renforcer au niveau de secteurs économiques prioritaires, a indiqué un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger. Il s’agit d’un mémorandum d’entente visant le développement de la coopération bilatérale algéro-italienne sur les PME/PMI, ainsi que de la déclaration conjointe pour la lutte contre la corruption et le financement du terrorisme, détaille le ministère. Ce texte traduit la volonté du Président de la République «de tenir ses engagements dans le cadre de la lutte contre les transferts illicites des avoirs ainsi que le recouvrement des biens illégalement détournés à l’étranger», explique le communiqué. Autre accord signé, un mémorandum d’entente pour la coopération dans le secteur du tourisme ainsi que le protocole d’accord dans le domaine de la culture.
Vitrine d’un partenariat bilatéral privilégié, la coopération dans le secteur des hydrocarbures s’est encore renforcée à travers un mémorandum d’entente pour le développement de projets gaziers et d’hydrogène vert, signé jeudi par Sonatrach et ENI. «Ce mémorandum vise «l’accélération du développement des champs gaziers découverts en Algérie avec la réduction de l’empreinte carbone à travers l’exploitation de l’hydrogène vert», a fait savoir Sonatrach, dans un communiqué, soulignant que ce mémorandum constitue «une nouvelle pierre apportée à l’édifice de la coopération fructueuse dans le domaine de l’énergie entre l’Algérie et l’Italie et qui œuvrera à renforcer les relations entre les deux pays».
Selon la même source, ce mémorandum d’entente permettra une évaluation des capacités de gaz disponibles afin de mener un développement «accéléré» des champs découverts par Sonatrach. Le volume de gaz produit des régions concernées par ce mémorandum devrait atteindre environ 3 milliards de mètres cubes annuellement, évalue Sonatrach, ajoutant qu’il «contribuera ainsi à augmenter la capacité d’exportation par l’Algérie vers l’Italie via le gazoduc transcontinental Enrico Matteï/Transmed».
Il portera également sur une évaluation technique et économique du projet expérimental d’hydrogène vert, au niveau du champ de Bir Rebaa Nord qui vise la réduction de l’empreinte carbone émise par l’usine de production de gaz de ce champ. De plus, «cet accord cadre avec la stratégie de développement durable, adoptée par Sonatrach, pour le développement d’une technologie ayant un impact positif sur l’environnement et des projets qui permettent la réduction de l’empreinte carbone résultant de l’activité du Groupe», poursuit-on.

«Préserver les accords avec l’Italie»
Lors d’un point de presse animé à l’issue de son entretien avec le Président Mattarella, Abdelmadjid Tebboune a abordé le dossier du gaz qui constitue, ces derniers mois, la vitrine de la coopération énergétique au beau fixe entre l’Algérie et l’Italie. «Nous sommes tenus moralement de préserver les accords avec tous les Etats, A fortiori avec l’Italie qui est un pays ami. Nous demeurons engagés et disposés à satisfaire la demande de l’Italie», a rassuré le chef de l’Etat, non sans insister sur le «lien organique» qui caractérise les relations entre les deux pays. Celles-ci sont en train de se consolider et de s’approfondir davantage, poussant le Président Tebboune à suggérer une «exploration commune entre Sonatrach et ENI» et dont «tout surplus dans la production devant être orienté, en fonction de la demande, vers l’Italie, qui pourra devenir distributeur pour l’Europe». Le chef de l’Etat a, en outre, proposé «la réalisation d’un câble sous-marin entre l’Algérie et l’Italie» qui assurera «l’approvisionnement en énergie électrique vers l’Italie et pourra même s’étendre vers une partie de l’Europe».
Concernant les énergies renouvelables, le chef de l’Etat a annoncé le lancement par les deux pays de la production de panneaux solaires dans la wilaya de Sidi Bel Abbès et d’autres produits par deux sociétés algérienne et italienne, rapporte l’APS. Il a également exprimé le souhait de lancer avec «l’Italie, pays ami» une coopération dans le domaine de la construction navale civile ou militaire. Le président de la République a assuré, dans ce sens, de l’existence de perspectives ouvertes avec l’Italie sans «aucune barrière», avec l’engagement de l’Algérie à «entretenir l’amitié qui lie les deux pays par tous les moyens».
L’Algérie, «un partenaire stratégique à tous les niveaux»
Pour sa part, le président italien Sergio Mattarella a affirmé que l’Italie œuvrait dans le cadre de l’Union européenne (UE) à intensifier la coopération entre les Etats de l’Union et l’Algérie, «un partenaire stratégique à tous les niveaux». Le président italien a affirmé que l’Algérie, qu’il avait visitée en novembre dernier, est «un partenaire stratégique pour l’Italie, notamment en matière d’énergie, mais aussi dans d’autres domaines». M. Mattarella a également évoqué «la coopération économique et commerciale importante» entre les deux pays dans plusieurs secteurs et qui va au-delà du secteur énergétique, et qu’il souhaite renforcer davantage, qualifiant le marché algérien de «très important» aux yeux de l’Italie.
La coopération culturelle entre les deux pays, unis par une «civilisation commune dans la Méditerranée» n’étant pas en reste, le Chef de l’Etat italien a passé en revue plusieurs initiatives en cours de réalisation, tels la restauration de monuments culturels et archéologiques, l’échange de chercheurs et d’étudiants ou encore la coopération interuniversitaire. Se félicitant de la tenue, en juillet prochain à Alger, du quatrième sommet entre les gouvernements italien et algérien, le président Mattarella a qualifié l’événement de «rendez-vous d’une importance capitale». n