Le remaniement est à l’ordre du jour depuis des mois. Annoncé à maintes reprises, mais décalé selon l’agenda présidentiel et les contraintes vraisemblablement imposées par les fonctions et les charges du chef de l’Etat durant ces dernières semaines, ce qui a laissé les médias et la vox-populi spéculer sur son entrée en vigueur, le remaniement ministériel va intervenir prochainement.

PAR NAZIM BRAHIMI
Ce changement annoncé ou plutôt confirmé hier par le président de la République lors de son traditionnel échange avec les médias tombe à pic en raison de l’effet psychologique qu’il produit sur l’opinion : un remodelage de l’équipe exécutive est toujours mieux suivi et ressenti par la majorité des Algériens comme indicateur de l’action exécutive. Celui prévu dans les prochains jours intervient pour préparer une rentrée qui devrait faire office de bilan des actions passées du gouvernement et de mise au point par rapport au «reste à exécuter» en ce qui concerne les actions prévues dans le programme de réformes du chef de l’Etat.
Ainsi, donc, le chef de l’Etat vient d’annoncer, à l’occasion de son entrevue avec deux représentants de la presse nationale et diffusée hier soir sur les chaînes de télévision publiques et privées, l’imminence de ce remaniement. On ignore encore pour l’instant l’étendue de ce changement et les départements qui seront concernés – le suspense est total et les paris sont ouverts ! -, mais il est des ministères qui ne semblent pas avoir réalisé les performances qu’on attendait de leurs dirigeants comme il est des départements pour lesquels la logique ou la raison politique s’avèrent parfois aussi déterminantes que les bilans. Selon l’aveu du chef de l’Etat, un changement de gouvernement est avant tout une question de rythme et surtout de cycle. «Il est évident qu’il y aura un remaniement gouvernemental», a-t-il dit lors de son entrevue. «Il est naturel, de par le monde, que les gouvernements changent après une certaine période», a-t-il ajouté. «Tous les gouvernements dans le monde connaissent des circonstances où le changement s’impose», a-t-il fait savoir encore, ajoutant au passage le caractère «impératif» pour l’autorité de «tenir ses engagements».
On aura remarqué au passage que le président Tebboune ne s’est pas précipité à opérer ce remaniement dont il a fait part de son intention à la mi-avril avec cette «consigne» de se projeter sur un «remaniement efficace» au vu des objectifs et des attentes. Il s’agit notamment de dynamiser davantage – au plan législatif – le processus de réformes économiques, restées figées, en misant également sur un nouveau souffle dans d’autres secteurs qui tendent à faire du surplace, à l’image de la fiscalité et des banques… Partant de ce constat, nombreux sont les observateurs qui font le parti d’un changement au sein de départements à portefeuilles économiques comme le Commerce et l’Industrie – pour «parvenir à l’efficacité dans la mise en œuvre des décisions prises», selon les mots du Président en Conseils des ministres. Mais ce n’est rien d’autre qu’un pronostic, dont la validité dépend de l’analyse et de l’évaluation que le chef de l’Etat fait dans son bureau de l’action exécutive.
Il n’en demeure pas moins que certains indicateurs de performance de ces ministères-clés laissent penser qu’ils seront encore en sérieux décalage par rapport à la mise en œuvre des réformes, jadis annoncées inévitables et utiles, voire inscrites à la case des premières priorités du gouvernement. D’autant que le président Tebboune a fait de 2022 l’année du «décollage économique» alors qu’on est déjà en août et que le sens que devrait prendre ce remaniement à venir, c’est d’avoir une task force pour la rentrée afin de pousser plus vigoureusement les dossiers concernés.
L’hypothèse qui se dégage est que le président Tebboune s’est donné le temps nécessaire de faire passer le code de l’investissement, ainsi que l’élaboration du projet de la loi de finances complémentaire (PLFC) avant de confier les dossiers de réformes à un nouveau personnel remanié ou changé.
L’observation est qu’il mesure au millimètre sa communication : festivités du 5 juillet célébrant les 60 années d’indépendance de l’Algérie, défilé militaire, messages politiques accompagnés d’initiatives majeures en politique étrangère, notamment en prévision du prochain sommet de la Ligue arabe à Alger et l’échange hier soir avec la presse avec l’annonce porteuse d’un relèvement des salaires… Tout cela relève d’une partition dont le remaniement n’est qu’un aspect, mais qui viendrait créer un double effet : celui de signaler que l’été n’est pas une période creuse pour El Mouradia, mais de travail; celui de prendre le temps d’adaptation nécessaire et permettre au gouvernement à venir de se préparer au rendez-vous de septembre et de la rentrée sociale. Ce qui créera manifestement un effet d’attente dans le monde du travail visiblement déçu par la dernière mesure portant revalorisation de la grille indiciaire des salaires qui s’est avérée «insignifiante» devant l’érosion du pouvoir d’achat. n