Le parti du défunt président tchadien Idriss Déby Itno, qui devait tenter de lui désigner un successeur à la tête du mouvement, a accouché samedi d’une solution d’attente et de compromis entre partisans et adversaires de son fils autoproclamé chef de l’Etat.

Ce «congrès extraordinaire» du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), au pouvoir depuis le coup d’Etat de M. Déby en 1990, avait été convoqué par sa secrétaire générale adjointe avant d’être annulé par le secrétaire général, fidèle du défunt mais contesté. Puis, selon le porte-parole du parti Jean Bernard Padaré, le congrès avait été maintenu sur la volonté du général Mahamat Idriss Déby, le président du Tchad autoproclamé le 20 avril à la tête d’une junte militaire après l’annonce de la mort de son père, tué au combat contre des rebelles selon N’Djamena. Au terme de longues heures de débats à N’Djamena samedi, le MPS a désigné un nouveau secrétaire général, le président de l’Assemblée nationale Haroun Kabadi, a constaté un journaliste de l’AFP présent au congrès. La désignation de cet homme de 72 ans, fidèle de la première heure du Maréchal Déby, a surpris. Certains anticipaient certes le remplacement du secrétaire général Mahamat Zene Bada mais surtout la désignation d’un nouveau président, titre de feu M. Déby qui venait d’être proclamé réélu chef de l’Etat pour un sixième mandat, sous la bannière du MPS au moment de sa mort il y a un mois et demi. Des politologues s’attendaient à la désignation d’Abdelkerim Idriss Déby, le très influent demi-frère de Mahamat et considéré comme l’éminence grise de la junte. La désignation d’un président du MPS ferait de ce dernier le candidat naturel du parti à l’élection présidentielle que les militaires ont promise, avec des législatives, au terme d’une transition de 18 mois. «Kabadi est l’homme du compromis entre la jeune génération et la vieille garde» hostile aux frères Déby, «pour éviter une déchirure au sein du parti», commente pour l’AFP un membre du bureau exécutif qui requiert l’anonymat. La désignation d’un président du parti et futur candidat viendra plus tard, selon des responsables du MPS.
Mahamat Déby, 37 ans, s’était autoproclamé président de la République le 20 avril à la tête du CMT composé de 15 généraux, avait aussitôt abrogé la Constitution et dissous Parlement et gouvernement, avant d’en nommer un autre lui-même, tout en promettant des élections «libres et transparentes» après une transition de 18 mois renouvelable une fois. La communauté internationale n’avait pas protesté contre ce coup de force ni imposé de sanctions au Tchad, dont la puissante armée est considérée comme un des piliers de la guerre contre les jihadistes au Sahel. Mais elle a réclamé que la période de transition soit limitée à 18 mois et que les membres du CMT ne se présentent pas aux élections. (AFP)