Les Nations unies et l’Union Africaine (UA) suivent avec attention les développements au Tchad et affirment, après l’inhumation de l’ex-homme fort du pays Idriss Déby Itno, mort lundi dernier dans des combats face à la rébellion selon la version officielle, apporter leur contribution à une transition politique pacifique et apaisée dans le pays. Les deux organisations réagissaient à la prise du pouvoir par le fils du maréchal enterré vendredi dernier en présence du président français, Emmanuel Macro, et de plusieurs chefs d’Etats africains, après l’installation avec ses fidèles d’un «Conseil militaire de transition» (CMT) à la tête du pays pour une période de dix-huit mois, séquence temporaire au bout de laquelle devrait être organiser de nouvelles élections.
Par Anis Remane
Vendredi, jour des funérailles d’Idriss Déby Itno, les Nations Unies ont, en effet, rappelé que leur priorité est d’apaiser les tensions et de maintenir la paix au Tchad. «Ce qui nous importe le plus maintenant est d’aider à désamorcer les tensions et à préserver la paix dans le cadre de notre mandat de prévention des conflits», a déclaré à la presse le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric. «Nous allons consulter étroitement les partenaires africains sur la meilleure façon de soutenir le pays dans les prochains jours», a ajouté M. Dujarric, indiquant qu’il était «important que tous les acteurs politiques et autres au Tchad restent calmes, s’abstiennent de toute violence supplémentaire qui pourrait nuire aux civils et compliquer davantage une situation difficile». Le porte-parole de l’ONU a déclaré attendre avec intérêt «d’aider les parties prenantes tchadiennes à œuvrer en faveur d’une élection pacifique et inclusive menant à la nomination d’une nouvelle direction civile». Il a rappelé que l’ONU travaillait avec ses partenaires africains, notamment l’Union africaine (UA) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), «sur une position concertée sur la meilleure façon de soutenir le pays».
Le même vendredi, l’Union africaine a appelé à la restauration au plus vite d’un régime civil. Dans un communiqué, son Conseil de paix et de sécurité de l’UA, en charge des questions de paix et de sécurité au sein de l’organisation continentale, a fait part de sa «grave préoccupation» quant à l’instauration d’un conseil militaire dirigé par le fils du défunt président. Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA s’est réuni jeudi mais a attendu que se tiennent les funérailles de vendredi pour publier son communiqué. Il y appelle les forces de sécurité tchadiennes «à respecter le mandat et l’ordre constitutionnel, à s’engager rapidement dans un processus de restauration de l’ordre constitutionnel et de transfert du pouvoir politique aux autorités civiles». Le Conseil appelle également à «un dialogue national inclusif» et demande à la Commission de l’UA, présidée par le tchadien Moussa Faki Mahamat, de «constituer rapidement une mission d’enquête de haut niveau» au Tchad.
Lors des obsèques du défunt président tchadien, le président en exercice de l’UA, le chef de l’Etat congolais Félix Tshisékédi a déclaré que l’Union africaine (UA) accompagnera les Tchadiens dans la période de transition, souhaitant une transition «pacifique, inclusive et démocratique» dans leur pays. «Notre continent a assez souffert du manque d’unité et de stabilité. Il va sans dire que tout enlisement de la situation sécuritaire du Tchad constituerait une menace à l’intégrité territoriale du pays qu’à la stabilité de la région», a-t-il indiqué M. Tshisékédi, «Plutôt que d’annihiler les efforts réalisés jusqu’à ce jour dans le renforcement de l’unité et de la stabilité de votre pays, le décès brutal du Maréchal du Tchad devrait en réalité servir, en mémoire de l’illustre disparu, de catalyseur pour une véritable union du peuple tchadien dans sa plus grande diversité», a-t-il ajouté.
Rôle clé de Paris
Outre celle des rebelles, qui ont juré de reprendre leur offensive sur N’djamena, la menace pour le nouveau régime pourrait aussi venir de l’intérieur. Car la prise de pouvoir de Mahamat Déby est soudaine et risque d’attiser certaines convoitises au sein du clan du défunt chef de l’Etat et de son ethnie zaghawa, accusés par l’opposition et les ONG internationales d’avoir accaparé depuis 30 ans les principaux postes au sein de l’armée, du pouvoir civil mais aussi l’essentiel des ressources d’un Etat classé par l’ONU troisième pays le moins développé du Monde.
La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a exprimé vendredi ses «plus vives inquiétudes face à ce qui lui semble davantage s’apparenter à l’organisation d’une succession pour la poursuite de l’accaparement du pouvoir». Pour de nombreux opposants régulièrement victimes d’intimidations et de violences, la prise de pouvoir par le fils du défunt Maréchal Déby, Mahamat Idriss Déby, général quatre étoiles à 37 ans, jusqu’alors commandant de la Garde républicaine, la garde prétorienne du régime, n’est rien d’autre qu’un «coup d’État institutionnel».
Durant 30 années, «des milliers de Tchadiens» ont subi «une répression terrible», déclare encore la Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH), qui appelle l’Union africaine (UA) et la France «à tout mettre en œuvre» pour «une transition menée par un gouvernement civil dans les plus brefs délais». L’opposition et des ONG internationales ont vu dans la présence du chef de l’Elysée, M. Macron, aux obsèques de l’ancien chef d’Etat tchadien un signe selon lequel la France apporte son soutien à son fils. «La France ne laissera jamais personne, ni aujourd’hui, ni demain, remettre en cause la stabilité et l’intégrité du Tchad», a affirmé M. Macron dans son oraison funèbre, indiquant que Paris aura à jouer un rôle capital dans les jours et mois à venir dans l’évolution politique et sécuritaire au Tchad. Avant le retour du président français pour Paris, c’est au QG de Barkhane, la force française au Sahel, installé au Tchad, , que M. Macron s’est retrouvé avec les cinq chefs d’Etat du G5 Sahel pour des entretiens avec le général Marc Conruyt, commandant de Barkhane, a indiqué l’Elysée. n