Par Nadir Kadi
Les pluies des dernières semaines sur les régions du nord du pays auraient permis le stockage de près de 300 millions de mètres cubes d’eau, soit un gain de plus 8% par rapport à la situation de la fin du mois d’août. Ce volume conséquent, selon le Directeur central à l’Agence nationale des barrages (ANB) El-Ouardi Larbi Cherif, ne représente toutefois qu’une amélioration partielle de la situation après une longue période d’irrégularité des précipitations.
«Nous avons enregistré un manque de pluie depuis 3 ans (…) cela a impacté le volume d’eau retenu par les barrages, et particulièrement dans les régions du centre du pays», a ajouté le responsable sur la chaîne Echourouk. Le principal point positif pour El-Ouardi Larbi Cherif, est que les dernières pluies, enregistrées «depuis le mois de septembre et plus particulièrement depuis le 5 novembre» laissent espérer un niveau de précipitations satisfaisant dans les prochains mois. Responsable qui relativise pour le moment l’impact des fortes pluies, en signalant que toutes les précipitations n’ont pas forcement eu lieux dans «les régions où il y a les barrages» ; El-Ouardi Larbi Cherif déclare toutefois que la situation va dans le bon sens : «Actuellement, les barrages commencent à se remplir lentement (…) Leur taux de remplissage est aujourd’hui de 34% alors qu’il était à 26% ces derniers mois.»
En ce sens, et au-delà des chiffres, le responsable à l’ANB fait remarquer que les pluies sont arrivées cette année dans leur période normale : «En général, les pluies sont enregistrées entre septembre et mars (…) et nous sommes donc au début de la saison», ainsi sans présager de la «suite» de la saison hivernale, il est «à espérer» que les prochaines pluies qui «interviennent après trois années, permettront d’alimenter les nappes phréatiques et les barrages grâce aux apports des rivières et oueds».
Quant à la différence de situation entre les différentes régions, le responsable signale que «le taux de remplissage est très différent d’une région à une autre (…) Dans les parties Est, la situation est satisfaisante avec plus de 57% de remplissage, les régions Ouest et Centre enregistrent des taux très bas. A l’Est, nous sommes à environ 20% (…). Mais le problème est surtout au centre où les barrages qui alimentent la capitale sont à près de 10% de remplissage». Ce dernier indicateur, s’il reste inquiétant, a toutefois enregistré une légère hausse ces dernières semaines. L’un des derniers chiffres communiqués début novembre par l’Algérienne des eaux, donnait le niveau de remplissage moyen des barrages du centre du pays à seulement 8%. La demande en eau de la capitale étant, pour rappel, d’environ 1 million de mètres cubes par jour.
Augmentation globale des réserves, qui reste ainsi relativement limitée pour le moment, d’autant que le responsable a précisé, hier, que le temps de remplissage d’un «grand barrage» est d’environ «trois ans, avec des pluies régulières». La nouvelle situation ne devrait pas avoir d’impact notable sur l’alimentation en eau des régions centre», prévient en substance El-Ouardi Larbi Cherif : «10% est un taux faible, il faudrait au moins 25 ou 30% pour que la situation soit contrôlable (…) Mais il faut aussi savoir que l’eau des barrages représente uniquement 30% de l’alimentation en eau potable, le reste est issu des forages et du dessalement de l’eau mer. L’objectif est d’arriver, vers 2030, à 80% de dessalement pour l’alimentation en eau potable, c’est la seule source durable». L’eau des barrages ne devrait être réservée qu’à l’irrigation, ajoute le responsable.
Responsable à l’ANB qui a par ailleurs abordé hier les questions de l’entretien et de la réalisation de nouveau barrages, El-Ouardi Larbi Cherif fait notamment savoir que le secteur des ressources en eau a achevé le désenvasement de «10 barrages» et lancé des collaborations avec les services de la Conservation des forêts «pour le reboisement des abords des barrages afin d’éviter les écoulements de terre. Quant aux projets du secteur, il apparaît, selon les déclarations de El-Ouardi Larbi Cherif, que les scandales économiques de ces dernières années ont eu de lourdes répercussions au moins durant «plusieurs mois», sur les programmes du secteur. Le responsable déclare, en effet, que «le contrat pour le barrage de Béchar a été rompu avec les entreprises ETRHB et KouGC (…) La réalisation n’a pas été poursuivie». Par ailleurs, un autre projet à Souk Ahras est toujours en cours, après être passé entre les seules mains du groupe Cosider : «Le projet était confié à Cosider et ETRHB (…) la particularité du contrat est qu’en cas d’absence d’un des prestataires l’autre prend la relève.» L’ETRHB est, pour rappel, l’une des entreprises de l’ancien homme d’affaire et ex-président du FCE (devenu CAPC) Ali Haddad, KouGC est, quant à lui, le groupe des frères Kouninef, des hommes d’affaires actuellement sous le coup de condamnations de la justice. n