L’enjeu principal du scrutin référendaire sur la révision de la Constitution de 2016, aujourd’hui, est sans conteste celui du taux de participation. Le premier acteur de l’opération électorale importante qui se déroule aujourd’hui à l’avoir affirmé, il y a plus d’un mois, est l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE).

Au début de la révision exceptionnelle des listes électorales, le 20 septembre dernier, le chef de cette autorité, Mohamed Charfi, avait déclaré qu’il était impératif pour l’électeur algérien «d’exercer son droit de vote». Toute la campagne que lui et ses collaborateurs de l’Autorité ont menée, depuis l’inscription du référendum dans le calendrier politico-électoral, a consisté à «sensibiliser» cet électeur «sans s’immiscer, d’une façon ou d’une autre, dans son choix», selon une déclaration de M. Charfi, à l’époque de la mise à jour du corps électoral. Outre l’aveu du chef de l’ANIE, l’ensemble des observateurs considère que le vote référendaire sur la révision constitutionnelle est un test de popularité pour le chef de l’Etat, après son élection au scrutin du 12 décembre 2019. Une abstention forte signifierait que M. Tebboune et son gouvernement demeurent encore sujets à la défiance populaire qui avait caractérisé le scrutin présidentiel, dont le premier anniversaire est à nos portes. Elle signifierait plus gravement que sa proposition aux Algériens d’un nouveau contrat politique et institutionnel a échoué et que les questions soulevées par le mouvement populaire pour le changement, le Hirak, restent, elles aussi, lourdement posées. Avec elles, la revendication d’un changement de logiciel de gouvernance autre que celui que le président de la République propose à travers le projet de modification de la Loi fondamentale qu’il soumet aujourd’hui à la consultation populaire. Une demande qui ne serait pas adressée uniquement à l’institution de la présidence de la République incarnée par M. Tebboune mais, également, à l’institution militaire qui est aux avant-postes de la campagne. Depuis qu’elle a commencé, et bien avant, le chef d’état-major de l’ANP, qui a été sans conteste le grand animateur de la campagne en raison du poids de l’Armée dans le paysage national, n’a pas cessé d’appeler à la participation au référendum et à voter favorablement pour la révision constitutionnelle. Le général de Corps d’armée, Saïd Chanegriha, Chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a appelé dimanche dernier à Ouargla à faire preuve de davantage d’abnégation et à privilégier la voix de la raison et du bon sens pour la réussite du référendum sur le projet de révision de la Constitution qu’il a défendue, le 25 octobre dernier, lors de sa visite à la Région militaire de Ouargla, comme «la voix de la raison et du bon sens, loin des intérêts personnels étroits» et dans «l’intérêt de la patrie».
A quitte ou double
Le Général de Corps d’armée Saïd Chanegriha, Chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a estimé, mercredi à Constantine, que le devoir des nationalistes, notamment l’Armée nationale populaire (ANP), est de «contribuer de manière effective dans la réussite du référendum sur le projet de révision de la Constitution», indique un communiqué du ministère de la Défense nationale (MDN). «Le devoir de tous les nationalistes dévoués aujourd’hui, et à leur tête l’Armée nationale populaire, digne héritière de l’Armée de libération nationale, est de contribuer de manière effective à la réussite du référendum sur le projet de révision de la Constitution, afin d’atteindre le changement escompté», avait également déclaré le général de Corps d’armée, le 21 octobre, lors de sa visite au siège de la 5e Région militaire à Constantine.
Une participation massive à la votation référendaire d’aujourd’hui serait une revanche pour le chef de l’Etat après le scrutin contesté du 12 décembre 2019. Ce serait pour lui et le reste de son mandat comme un nouveau souffle, d’autant plus que son état de santé et son hospitalisation en Allemagne, le 28 octobre au soir, a fait dire à beaucoup de commentateurs et d’analystes qu’il n’était pas de bon augure et qu’il risque de relancer et de faire planer autant d’interrogations que d’incertitudes sur le scrutin. Un succès apporterait un sérieux démenti aux hypothèses pessimistes qui s’accumulent davantage depuis l’annonce officielle que M. Tebboune n’est pas au mieux de sa forme et que son hospitalisation en Allemagne, ce qui est quasiment certain, ne lui permettra pas de participer au référendum et de se présenter lui-même dans un bureau de vote. Ce séjour sanitaire du président de la République n’est pas seulement pour l’empêcher d’être présent dans le pays et chambouler totalement le rituel électoral qui veut que le chef de l’Etat exerce son droit d’électeur et de citoyen devant les médias et les caméras de télévision. Il est aussi de présenter symboliquement le vote référendaire d’aujourd’hui, pour lui, comme une sorte de quitte ou double. <