La poursuite de la hausse de nouvelles contaminations au coronavirus, après avoir été gérables les premiers temps, a commencé à prendre des allures inattendues. Pour une plus grande prise de conscience d’une partie de la population qui, pour une raison ou une autre, continue de ne pas se conformer aux mesures de prévention, une grande campagne de sensibilisation, que ses initiateurs veulent «forte», est en voie d’être lancée, et ce, à travers différents supports, dont la presse, la télévision et la radio.

«Nous allons déployer des moyens de communication extrêmement forts», a déclaré le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, le Pr Abderrahmane Benbouzid, après une réunion tenue samedi avec le ministre de la Communication et des cadres de son département.
Après une relative stabilisation de la situation épidémiologique pendant les mois précédents, les pics de contamination, qui ont commencé à s’enchaîner ces derniers jours, franchissant la barre des 400 cas confirmés quotidiennement, ont poussé les autorités sanitaires ainsi que les médecins en charge de la Covid à tirer la sonnette d’alarme, en mettant en exergue que le virus continuera de se transmettre si les citoyens ne prennent pas leurs précautions en mettant le masque protecteur et en gardant une distance entre eux dans les lieux publics.
Malgré ces alertes et mises en garde diffusées tous les jours, le constat est qu’on continue à assister à des scènes qui sont, pour le moins, désolantes, aussi bien dans les marchés, les quartiers, où des gens se regroupent de jour comme de nuit, que dans les quelques marchés à bestiaux ouverts tout récemment et où les gens se déplacent en masse pour l’achat du sacrifice de l’Aïd sans aucune mesure de protection pour la plupart.
Ces comportements sont dénoncés non seulement par le corps médical et les autorités sanitaires, mais également par les citoyens qui suivent les recommandations du port du masque et de la distanciation physique, expliquant avoir peur pour leur santé et celle de leurs proches et soutenant ne pas comprendre ceux qui disent que le coronavirus n’existe pas.
En effet, il y en a qui ne se suffisent pas à penser qu’ils ne seront pas contaminés, mais vont jusqu’à dire que le coronavirus n’existe pas. «Malheureusement, beaucoup s’estiment à l’abri de la maladie et pensent que cela n’arrive qu’aux autres, jusqu’à ce que, parfois, la maladie les atteigne», a regretté le Dr Mohamed Bekkat Berkani.
Mais comment peut-on expliquer un comportement aussi réfractaire à toute recommandation qui, pourtant, va dans le sens de la préservation de la santé publique ? Comment justifier ce déni devant une maladie qui a traversé tous les continents ? La maladie est pourtant là, et ses effets sont visibles dans tous les pays du monde. Le professeur Nouredine Zidouni, spécialiste en maladies respiratoires, qui n’a eu de cesse, lui aussi, d’expliquer que la seule façon de stopper la marche implacable du nouveau coronavirus et de casser sa chaîne de transmission, reste l’application des gestes barrières, a tenté d’apporter une réponse hier. «Il faut mener rapidement une enquête par des sociologues et des anthropologues pour cerner les véritables motifs de ce déni et apporter les solutions idoines», a-t-il déclaré.
«Nous sommes face une situation de déni par une partie de la population, d’où l’action de lutte contre cette pandémie nécessite l’implication active et effective de plusieurs départements ministériels pour élaborer des messages d’éducation sanitaire qui soient compréhensibles et acceptés par les citoyens», a-t-il ajouté.
L’apport des sociologues et anthropologues
Ainsi, pour rendre la sensibilisation plus efficiente, il estime que l’implication d’autres ministères, outre celui de la Santé, doivent être mis à contribution afin que les messages à diffuser et devant concourir à l’effort national de lutte contre la propagation de la pandémie aient une plus grande acceptation auprès de la population réfractaire. C’est dans cet objectif que le Pr Zidouni a appelé à effectuer rapidement une enquête par des sociologues et des anthropologues. Face à cette situation inédite, le sociologue Ahmed Remita, enseignant à l’université Alger 2 et directeur du laboratoire spécialisé dans l’étude du changement social, explique les comportements réfractaires par «la faiblesse de la part de la science dans la structure culturelle des Algériens ».
Selon lui, «les références scientifiques ne constituent pas la structure culturelle chez nous. Aussi bien quand on parle de l’individu que lorsque observe le comportement de la société». Il poursuit en indiquant que «ce déficit prend toute sa signification dès qu’il s’agit d’une situation nouvelle et de danger comme c’est le cas actuellement avec le coronavirus et son avancée». «On continue à lire et appréhender de telles situations avec des références qui ne sont pas scientifiques. L’Algérien dans son ensemble n’est pas structuré de façon à essayer de comprendre ces situations sur des bases scientifiques».
Le sociologue fait part, dans son observation, de deux niveaux d’agissement devant une situation de pandémie jamais connue et qui frappe le monde entier avec des centaines de milliers de victimes. Le premier est celui de «l’individu difficile à neutraliser car agissant selon l’égo et défiant toute idée d’adhésion à ce qui pourrait être une solution commune ou une convention sociale», alors que le second niveau a trait à «la solution sociale ou collective qui reste, elle aussi, difficile à encadrer pour des considérations multiples», a-t-il affirmé.
En attendant une étude sinologique et anthropologique, la pandémie continue de se propager et des vies continuent d’être fauchées. Une sensibilisation tous azimuts, forte et accessible à tous les Algériens reste la solution la plus recommandée pour l’heure, le pays étant dans une urgence sanitaire sans précédent. n