PAR MILINA KOUACI
Deux jours après avoir commis l’impair de reléguer tamazight au rang de matière «mineure», le ministère de l’Education nationale vient de corriger sa copie en la replaçant dans l’emploi du temps officiel.
Le tir est désormais rectifié et la polémique n’aura été que de courte durée pour un secteur appelé à réussir au moins, conjoncture sanitaire oblige, la rentrée scolaire dans la sérénité. Le département d’Abdelhakim Belabed a, en effet, émis une note, le 28 août, sous le numéro 1411, qui annule la précédente circulaire qui a programmé tamazight en dehors de l’emploi du temps officiel des élèves. La tutelle a recommandé aux directions de l’Education, dans une nouvelle note émise dimanche dernier, de prolonger le volume horaire de la matinée d’une heure supplémentaire, qui sera exploitée pour l’enseignement d’autres matières. «Cette plage horaire ne sera pas spécifiée exclusivement pour tamazight qui entre dans le programme officiel. Elle sera exploitée pour l‘enseignement d’autres matières», indique Yahia Bellil, membre de la Coordination nationale des inspecteurs de langue amazighe. Avec la reconduction du mode d’enseignement par répartition de groupe, une classe est scindée en deux groupes. Lorsque le premier groupe a classe le matin de 8H à 13H, le 2e groupe a cours de 13H à 17H, et inversement. «Cela dit que chacun des deux groupes étudie 2H30 supplémentaires durant la semaine», ajoute l’inspecteur. Yahia Bellil, explique, par la même occasion, que la nouvelle note du département de Abdelhakim Belabed donne la possibilité aux chefs d’établissement d’exploiter l’heure qui sépare l’enseignement de la matinée de celle de l’après-midi de 12H à 13H.
Lundi, la tutelle a expliqué qu’il n’y a aucune mauvaise intention dans la première circulaire et qu’elle a laissé la flexibilité aux directeurs des écoles pour l’organisation de l’emploi du temps de cette matière. Yahia Bellil est catégorique. Il n’y a pas eu «de mauvaise interprétation» des inspecteurs, car tamazight a été programmé dans une «période marginale» par rapport aux deux groupes de la même classe. «La note 1394 fait en sorte que tamazight soit enseigné en dehors de la plage officielle réservée pour les groupes de classes et aux matières essentielles, en plaçant tamazight dans une période exceptionnelle, et n’entre pas dans la plage horaire». Et programmer tamazight en dehors des horaires officiels est une «simple conjugaison d’efforts pour que les élèves boudent cette matière scolaire», estime l’inspecteur de langue amazigh.
Cette décision a suscité la consternation et l’émoi des enseignants et inspecteurs de tamazight qui rappellent aux pouvoirs publics leurs «devoirs» envers l’enseignement de la langue amazighe pour sa qualité de langue nationale et officielle, tout en appelant la tutelle à surseoir à cette décision. Les inspecteurs avaient exigé l’annulation de la circulaire et son remplacement par une autre qui réhabilitera tamazight par sa programmation dans les périodes assignées aux différents groupes pédagogiques.
S’agissant de la généralisation de l’enseignement de tamazight, notre interlocuteur estime que c’est une «revendication politique saine et correcte» du moment que tamazight est une langue nationale et officielle. Sauf que les mécanismes de sa généralisation doivent être définis par des spécialistes, intellectuels et chercheurs du domaine.
L’Etat, de son côté, doit mettre «les moyens qu’il faut pour permettre aux intellectuels d’y réfléchir et de leur donner les moyens pour rendre service au pays, à la culture amazigh, à la langue, pour que il n’y ait plus de marginalisation ni de scrupule entre les uns et les autres». Pour le moment, les inspecteurs et enseignants de tamazight plaident pour la généralisation de son enseignement dans le cycle primaire, car tamazight n’est enseigné qu’à partir de la 4e année primaire. «Nous exigeons qu’elle soit enseignée dès le préscolaire. Il n’est pas normal que des élèves étudient des langues étrangères avant leur langue maternelle», clame Bellil, qui rappelle que la loi d’orientation de 2008 fait que l’enseignement de tamazight est optionnel.
«On ouvre une classe là où il y a une demande sociale», a-t-il expliqué. Concernant son caractère de transcription, l’inspecteur de tamazight indique que les praticiens de tamazight utilisent le caractère latin adapté à tamazight qu’ils appellent «caractère amazigh». «La polémique, suscitée sur ce volet, n’est pas encore réglée. Pour preuve, les trois caractères sont utilisés dans les manuels scolaires», souligne-t-il. <