Après le succès populaire à Béjaïa et Tizi-Ouzou, lundi dernier, les marches pour la défense et la promotion de tamazight se sont poursuivies, hier mardi, non sans incidents, dans d’autres villes du pays. Les échauffourées les plus sérieuses ont été recensées à Batna

, où des manifestants de la ville, soutenus par d’autres venus des villages et bourgs avoisinants du chef-lieu de wilaya, se sont heurtés aux services d’ordre. Ces derniers ont usé de matraques et dispersé les protestataires venus réaffirmer leur engagement pour tamazight qu’ils estiment menacée après le rejet par l’APN d’un amendement du Parti des travailleurs, appelant à la généralisation rapide de la langue, ce à quoi le bureau de l’Assemblée avait répondu que cette question était prise en charge dans un autre cadre et que le Haut-commissariat à l’amazighité en avait la charge. 

Pour les manifestants qui ont brièvement défilé dans la capitale des Aurès, le rejet du fameux amendement, qui a réveillé la rue, signale un « atermoiement » et une attitude du gouvernement « à dire la chose et son contraire ». Ces protestataires, des étudiants pour la plupart, dont certains fréquentant le département de langue amazighe de l’université de Batna, brandissaient des banderoles écrites en tifinagh, en arabe et en français, sur lesquelles on pouvait lire : «Tamazight, ma langue mon identité», « Lisez l’histoire », ou encore «l’Afrique du Nord est amazighe ». Vers 11 heures, ils ont emprunté la « route de Biskra », qui mène vers le centre-ville par se regrouper à la place de la Liberté, l’ancienne place de l’agence de transport. Sans avertissement aucun, des agents des forces l’ordre, dont certains en civil, se sont rués sur eux, provoquant un mouvement de panique jusque chez les passants. La dispersion a fait plusieurs blessés légers. Plusieurs manifestants interpellés ont été relâchés plus tard dans l’après-midi.
A Bouira, des centaines d’étudiants de l’université Akli-Mohand-Oulhadj ont marché en compagnie d’élus locaux et de représentants de plusieurs formations politiques et associatives, à l’instar du FFS et du RND. Les manifestants ont scandé plusieurs slogans dont certains anciens d’ailleurs comme « pouvoir assassin » ou nouveaux comme « Assa azeka, tamazight tella tella». « Corrigez l’histoire, l’Algérie n’est pas arabe », a-t-on aperçu également sur des écriteaux brandis par les protestataires. La marche s’est déroulée dans le calme mais des incidents gravissimes se sont produits en début d’après-midi, à l’intérieur de l’université. Une bagarre entre des étudiants appartenant à des partis politiques différents a fait plusieurs blessés, selon des témoins. Des étudiants nous ont assuré que la rixe a éclaté après que des étudiants ont dénoncé l’accès de « personnes étrangères » à l’intérieur du campus cherchant « visiblement à semer le trouble ».
A Boumerdès, des étudiants ont organisé une marche. Des slogans tels que « pouvoir assassin », « corriger l’histoire, l’Algérie n’est pas arabe », « Assa Azeka tamazight tella tella », ont été lancés durant la procession qui s’est terminée dans le calme tout en interpellant les autorités à œuvrer pour une véritable promotion de la langue tamazight loin des calculs politiques. Hors du chef-lieu, à Naciria, des centaines de lycéens et collégiens ont déserté les bancs d’école pour sillonner l’artère principale de la ville pour appeler à « la promotion réelle » de la langue et de la culture amazigh.