Le projet de loi relatif à la création de l’Académie algérienne pour la langue amazighe sera examiné et débattu le 20 juin prochain par l’Assemblée populaire nationale (APN). C’est ce qu’on a appris jeudi dernier d’un communiqué publié par le bureau de l’APN.

Une indication intervenue deux jours seulement après l’adoption du projet de texte de loi par le Conseil des ministres mardi 5 juin. Ce qui incite à croire qu’il y a volonté en haut lieu de clôturer le plus rapidement possible la séquence de la constitutionnalisation de tamazight et sa reconnaissance comme langue officielle du pays, ouverte à la faveur de l’amendement constitutionnel de février 2016.
Deux ans après, la création de l’Académie de langue amazighe constitue le dernier maillon d’un dispositif de consécration de tamazight, que la chambre basse du Parlement devrait confirmer automatiquement compte tenu des enjeux nationaux cruciaux que représente le dossier. Il restera alors à passer le relais aux «praticiens» et spécialistes afin de veiller aux règles, codes et usages de la langue pour qu’elle soit enseignée dans les écoles de la République et devienne un vecteur d’échanges à tous les niveaux d’activité.
Abderrezak Dourari, professeur en sciences du langage et de traductologie, qualifie la décision de création d’une Académie de langue amazighe «d’intelligence politique», car, c’est une institution en mesure d’«extraire» la question amazighe de l’instrumentalisation politique, parce qu’elle sera «traitée par de véritables académiciens via une institution et une autorité de référence». Ce sera, résume-t-il, une affaire d’initiés qui orienteront les débats et les choix sur des questions scientifiques et pour l’objectif pragmatique d’aboutir notamment à la confection d’un dictionnaire.
D’autres observateurs, sans doute échaudés par des expériences et des polémiques passées sur tamazight, attendent de juger sur pièce et mettent en garde contre toute tentation idéologique de «prendre en otage» la question de tamazight. Il en est ainsi de l’écrivain d’expression kabyle Brahim Tazaghart ainsi que El Hadi Meziane, membres du réseau Awal des écrivains et chercheurs amazigh dans la région des Aurès. L’Académie ne sera, à leurs yeux, efficace et pertinente que si elle travaille loin de toute pression et indépendamment de «la dictée d’une partie au détriment d’une autre».
L’Académie de langue amazighe comprendra 50 membres choisis parmi les experts et compétences avérés dans les domaines des sciences du langage et en rapport avec la langue amazighe et les sciences connexes. Elle disposera principalement d’un conseil, d’un président, d’un bureau et de commissions spécialisées.
Sa première mission consiste à recueillir le corpus national de la langue amazighe dans toutes ses variétés linguistiques, d’établir la normalisation de la langue amazighe à tous les niveaux de description et d’analyse linguistique et d’élaborer un dictionnaire référentiel de la langue amazighe.