Par Selma Allane
La décision de ce ministère d’inscrire Tamazight comme discipline secondaire dans le programme d’enseignement de la nouvelle année pédagogique 2021-2022 est anachronique par rapport au statut national et officiel de la langue.
En effet, la décision du ministère de l’Education nationale de reléguer de tamazight au rang des matières secondaires au sein du programme pédagogique 2021-2022 a fait réagir la coordination des inspecteurs chargés de l’enseignement de cette langue (CNILA). Elle n’a pas manqué de susciter la polémique dans le milieu associatif et militant engagé dans la défense et la promotion du berbère dans le champ des langues dans notre pays.
De quoi s’agit-il ? Pour le programme pédagogique retenu pour la nouvelle rentrée scolaire 2021-2022, l’Education nationale a décidé d’opter pour le système de groupes de matières essentielles et de matière secondaires. Tamazight est placé au rang des matières non essentielles, avec un enseignement dispensé hors «emploi du temps officiel» qui est de 4 heures (8h-12h) ou (13h-17h).
S’il ne faut pas espérer connaitre l’origine de cette décision «pour le moins inattendue», selon les membres de la CNILA (aucun contact n’était ouvert hier à l’explication au niveau du ministère), «elle n’est pas moins significative de l’attitude» qu’ont certains hauts responsables au sein de ce département vis-à-vis de Tamazight, estime un observateur du secteur.
Pour cet ancien cadre de l’éducation nationale, il s’agit d’un «ukase» significatif de l’«affrontement» que nourrit «la question des langues» et «celle de tamazight» au sein de l’éducation nationale. Des «réticences» et des «résistances anachroniques», explique-t-il, en rappelant que Tamazight est langue nationale (2002) et officielle depuis la réforme constitutionnelle de 2016. Son statut la place constitutionnellement au même rang que l’arabe en tant que langue de scolarisation. Il impose à l’Education nationale (un appareil idéologique d’Etat) d’assurer son enseignement et sa promotion en tant que telle.
Pour notre source, une réaction publique du ministre Abdelhakim Belabed au courrier des inspecteurs qui s’étaient concertés au sujet de la décision de reléguer Tamazight en discipline secondaire, samedi 28 août 2021 à Bejaïa, est fortement souhaitable. Son annulation publique serait, selon elle, la meilleure initiative que le ministre pourrait prendre à la veille de la nouvelle rentrée scolaire. «Certains évoquent les tensions en Kabylie, mais c’est là, en vérité, un argument des plus faibles devant l’essentiel : à savoir que Tamazight est langue nationale et officielle», interdisant toute exclusion sous quelque forme que ce soit de la discipline.
Dans les faits, la décision de l’Education nationale de considérer Tamazight comme matière non essentielle pour la prochaine et nouvelle saison pédagogique ne semble pourtant pas surprenante. Elle s’inscrit dans la continuité d’un traitement faisant d’elle une discipline facultative contre lequel ne cesse d’avertir le Haut-commissariat à l’Amazighité (HCA). Son président, Si El Hachemi Assad, qu’on a tenté de joindre hier, mais sans succès, plaide depuis des années pour l’amendement de la loi d’orientation sur l’éducation nationale de janvier 2008. Il s’agit, selon lui, de supprimer l’aspect facultatif de l’enseignement de la langue berbère à l’école. Et de lever un verrou à sa généralisation, affirment de nombreux spécialistes. n