Tamazight, quelles nouvelles ? L’indication la plus récente concernant la langue berbère est que son statut ne changera pas. Il n’y aura pas de retour en arrière en ce qui concerne son statut de langue nationale et officielle du pays, a affirmé dimanche le chef de l’Etat.
Par ses propos, M. Tebboune a confirmé qu’il n’y aura pas de changement ni remise en cause la concernant par rapport à la Constitution de 2016, qui l’a instituée au même ordre et rang que la langue arabe, quatorze ans après sa reconnaissance comme deuxième langue nationale. Il a répondu en fait aux velléités de courants politiques d’inspiration islamiste, comme le mouvement El Bina, à rediscuter, voire à nier le processus imposé par les luttes politiques et identitaires en Algérie depuis le Printemps 1980 au moins. Il en a ainsi fait une question résolue dont tout nouvel abord risquerait de tomber sous le coup de la loi. Et confirmé, dans la foulée, la réalité linguistique dans le pays, pluriel selon ses racines et son histoire même si l’arabe demeure la langue de l’Etat.
Pour autant, d’autres points importants demeurent. Qu’en sera-t-il de la généralisation de tamazight et la façon de l’enseigner ? Le Haut-commissariat à l’amazighité (HCA) continue de revendiquer son enseignement comme discipline obligatoire et non facultative comme il est question aujourd’hui. Cependant, son appel ne semble pas porter loin encore, étouffé entre autres par les conséquences de la crise politique, dont le pays n’a pas encore soldé les comptes, et le retard considérable pris dans la mise en activité de l’Académie algérienne de langue amazighe.
Depuis sa fondation en décembre 2017, l’Académie n’a pas donné signe de vie ni montré une quelconque initiative destinée à faire croire à l’ouverture de chantiers permettant d’espérer des avancées dans la reconnaissance et la réhabilitation de tamazight par rapport aux statuts acquis en 2002 dans les conditions dramatiques qui ont suivi le «Printemps noir» de 2001 et en 2016.
Son président Mohamed Djellaoui, désigné selon un décret présidentiel de décembre 2018, ne s’est pas non plus exprimé ni en tant qu’académicien, que chef ni en tant que chercheur spécialisé dans le domaine de la langue et de la littérature amazighes, préférant sans doute laisser faire la décantation politique en cours. En attendant, il lui restera ainsi qu’aux chercheurs, dont ceux qui sont membres de l’Académie, de se pencher sur l’épineuse question de l’écriture de la langue (en arabe ou en latin) avant sa standardisation par un nécessaire dictionnaire, même si l’on sait qu’elle sera tôt ou tard réglée par le «marché», notamment celui de l’édition qui reste dans ce cas un puissant facteur de généralisation de la langue. Plus il y aura d’auteurs qui écriront en caractère latin, plus cette écriture sera dominante et la réciproque est vraie : plus il y aura de production en caractère arabe, plus cet alphabet sera dominant. n