Le nouvel an amazigh 2972 que nous avons fêté hier dans la liesse et la communion rappelle aussi, qu’en dépit des avancées importantes réalisées durant ces dernières années, le parcours à réaliser est encore long en matière de promotion et de généralisation effective de Tamazight

Par Milina Kouaci
Le nouvel an amazigh a été célébré hier partout dans le pays dans un esprit de fête, de convivialité et de communion nationale. Comme les années précédentes, les festivités ont été nombreuses et richement programmées en l’honneur de Yennayer, occasion pour le chef de l’Etat et le Premier ministre de présenter leurs vœux aux Algériens. Fête nationale oblige ! Indicateur institutionnel que beaucoup de choses ont positivement changé aussi en matière d’appropriation de nos racines identitaires. Depuis 2016, année de la constitutionnalisation de Tamazight, langue officielle devenue nationale en 2018 à la faveur d’un nouvel amendement qualitatif de la Loi fondamentale, le processus d’institutionnalisation mis en route s’est affirmé à la fois comme une reconnaissance des luttes anciennes menées durement par des générations de militants –Qu’on se rappelle le printemps 80 et le tragique printemps noir de Kabylie en 2001- et comme l’ouverture d’un horizon fécond en terme de promotion et de généralisation de la culture et de la langue amazighes.
Il reste que «cet horizon a besoin d’être dégagé davantage», disent des observateurs du champ et des chercheurs spécialisés dans les domaines linguistiques et sociolinguistiques quand ce ne sont pas des militants politiques qui estiment que la voie dans laquelle s’est engagée l’Algérie pour assumer pleinement «son histoire, son identité et ses racines» s’est quelque peu «brouillée» durant ces dernières années. Le débat, si passionnant sur l’amazighité, s’est émoussé en même temps que sont devenues moins audibles les questionnements de spécialistes et d’opinion générale sur le devenir de l’Académie de langue amazighe, fondée et officialisée en 2017 mais dont on n’a plus aucun écho ni sur sa composante ni sur les chantiers qu’elle est censée engagée sur des problématiques aussi essentielles que celle de la standardisation de la langue, de sa transcription et de l’élaboration d’un dictionnaire comme meilleur outil de l’enrichir et de la généraliser, notamment via l’appareil scolaire.
A propos de l’Education nationale, justement, l’enseignement de Tamazight inscrit au programme depuis les années 1995/1996 demeure facultatif, un écueil contre lequel bataille depuis des années le Haut-Commissariat à l’Amazighité ( HCA) sans trouver pour l’instant de répondant favorable. «En dépit des évolutions enregistrées Tamazight se heurte à des «manquements et à des failles qui entravent sa promotion», résume l’écrivain, éditeur et spécialiste de la langue Brahim Tazaghart. Pour ce militant et observateur visé, «Tamazight est orpheline d’une politique nationale de promotion». Les travaux pour sa promotion et son essor sont de nature «improvisés», considère-t-il. Et de préciser que la promotion de la langue est «tributaire de la promulgation de la loi organique portant mise œuvre de l’article 04, ainsi que des décrets et textes réglementaires qui rendront l’officialisation de Tamazight effective» sur le terrain.

La clé de l’Education nationale
L’article 04 de la constitution stipule que l’Etat œuvre pour la promotion de tamazight et à son développement dans toutes ces variétés linguistiques en usage sur le territoire national ne doit pas rester «muet», poursuit Brahim Tazaghart, insistant sur le caractère «crucial de promulguer une loi organique portant promotion de tamazight afin de définir les étapes à suivre en vue de l’application de l’article 04 de la Constitution». Cette loi aura à définir les fonctions de la langue officielle, les champs d’applications, les moyens institutionnels qui seront mis à sa disposition», ajoute l’écrivain et éditeur qui souligne que l’Académie ne sera qu’un «instrument scientifique» chargé de la promotion et de la généralisation de la langue..
Quatre ans après sa création, l’Académie est l’un des acquis de tamazight, mais un acquis «dormant» selon l’expression d’un enseignant de Tamazight. «Il faut lui donner les moyens pour son fonctionnement et aussi renforcer sa composante par des compétences scientifiques de haut-niveaux soucieux de faire de cette langue une langue de développement, échappant à toute pression politique ou idéologique», déclare à son sujet Brahim Tazaghart.
Pour revenir à l’enseignement de tamazight, la loi d’orientation de 2008 ne fait pas de tamazight une matière à part entière, la considérant comme «une langue optionnelle», et agissant comme un «verrou». Brahim Tazaghart demande de rendre l’enseignement de tamazight «obligatoire» dans toutes les écoles du territoire national. Il recommande par ailleurs, d’établir un bilan un état des lieux de l’enseignement de tamazight, depuis 1995.
Pour sa part, la Coordination nationale des inspecteurs de Tamazight appelle à la généralisation de l’enseignement de tamazight, pour son statut de langue nationale et officielle. Les mécanismes de sa généralisation, estime la coordination, doivent être définie par des spécialistes, intellectuels et chercheurs du domaine. Les inspecteurs exigent qu’elle soit enseignée du préscolaire et non à partir de la 4éme année primaire. Le secrétaire général du HCA, Si El Hachemi Assad, pointe lui la faiblesse du volume horaire d’enseignement de la langue : «trois heures dans les programmes actuels». Pas suffisantes, disent tous les enseignants qu’on a sollicités.