Pour avoir fait des déclarations à un journaliste d’une chaîne de télévision privée, venu dernièrement réaliser un reportage sur leur établissement scolaire, le collège Saâd-Ben Abi-Oukas, à Tin Zaouatine, commune frontalière située à 550 km au sud-ouest de Tamanrasset, trois enseignants ont été sanctionnés par la direction locale de l’éducation. Ces derniers ont été accusés d’avoir «révélé des secrets professionnels» pouvant nuire à la réputation du secteur. Chaque enseignant a écopé d’une sanction en fonction de sa position ou de son grade. Ainsi, un enseignant de français suppléant a été carrément licencié, son collègue enseignant de langue arabe a été privé de sa mutation, alors que le troisième sanctionné est un enseignant de mathématiques qui a été, pour sa part, rétrogradé et muté dans une école primaire, alors qu’il cumule neuf années d’exercice dans un CEM.

Une histoire qui a fait le tour du milieu scolaire de la région, suscitant indignation et solidarité des collègues, élèves, mais aussi des citoyens qui ont manifesté leur soutien aux trois enseignants sanctionnés par leurs supérieurs hiérarchiques alors qu’«ils sont venus de très loin, laissant leurs familles et travaillant dans des conditions misérables», fait remarquer un enseignant exerçant dans un autre CEM. Pour leur part, les trois enseignants se défendent et réfutent les accusations dont ils font l’objet de la part de la direction de l’éducation. «Nous avons seulement parlé des conditions dans lesquelles les enfants étudient, spontanément et avec respect au secteur, mais la vérité semble déranger certains responsables qui préfèrent dissimuler une réalité que tout le monde peut constater», nous dira l’enseignant de mathématiques rétrogradé. Il avait profité de la présence d’un journaliste pour «réclamer l’installation d’un directeur à la tête du CEM, qui fonctionne sans directeur depuis plusieurs années», apprend-on encore. «Nous avons également dénoncé la surcharge des classes à trois et quatre élèves par table, ainsi que le manque de climatisation», poursuit l’un des trois enseignants. Le professeur de français licencié avait, quant à lui, évoqué «l’absence de programmes d’enseignement concernant les classes de 2e et 3e années du cycle moyen». Il avait aussi voulu attirer l’attention des responsables sur «la situation des élèves et des enseignants qui souffrent également».
Abondant dans le même sens, l’enseignant d’arabe avait, lui aussi, dénoncé l’absence d’un directeur de l’établissement et alerté sur les «conditions difficiles» dans lesquelles les collégiens étudient, citant «l’absence d’eau, les murs fissurés, la cour caillouteuse, l’absence de terrain pour la pratique sportive et le manque d’encadrement». Lundi dernier, les élèves de 4e année du CEM Saâd-Ben Abi-Oukas ont décidé de monter au créneau et d’exprimer leur solidarité avec leurs enseignants, en refusant de rejoindre les classes et en organisant, le jour même, un sit-in devant leur collège. Des photos de ce rassemblement ont fait le tour des réseaux sociaux, montrant des pancartes qui réclament le retour des enseignants. Les images de ces enfants avec leurs pancartes devant leur établissement ont fait le tour des pages des réseaux sociaux et provoqué une grande indignation au sein de la population du Sud.
Chemnamess Hamedi, un ancien élève de l’enseignant de mathématiques muté au primaire, dira qu’il «est le meilleur prof de maths de la commune». En poste depuis 2011, «il est connu et respecté pour son sérieux et sa bienveillance», poursuit notre élève. Avant de soutenir que «sans leur prof de math, les élèves se retrouvent privés de celui qui les soutient dans leurs études et aussi dans leur vie sociale». «Ce n’est pas juste», fulmine cet adolescent visiblement affecté par l’éviction de son enseignant.
Le boycott des cours par les élèves s’est d’ailleurs poursuivi jusqu’à jeudi, avant que le président de l’Association des parents d’élèves n’intervienne pour les convaincre de retourner en classe, promettant de se rapprocher de l’administration pour plaider la cause des trois enseignants. Contactée par nos soins, la directrice de l’éducation de Tamanrasset était «en réunion», selon sa secrétaire. Après plusieurs tentatives de contact, nous avons laissé notre numéro de téléphone, en vain. Nous y reviendrons.