C’est officiel, le parti d’Ali Benflis, Talaie El Hourriet, n’ira pas aux prochaines législatives. C’est, en effet, la décision prise à l’unanimité des membres du Comité central du parti réuni, hier, en session ordinaire à la Mutuelle des matériaux de construction de Zéralda.

Ayant maintenu le suspense des mois durant s’agissant de sa position par rapport aux législatives prochaines, la formation de l’ancien chef de gouvernement a tranché, hier, cette question en fin de journée à l’issue des débats que les 508 membres du Comité central ont suivis «avec une attention particulière», nous explique un membre de la direction de cette formation. «Lors des débats, la majorité des intervenants ont opté pour la non-participation», explique notre source selon laquelle «la décision finale devait être plus structurée et plus mûrie en donnant la parole à tout le monde».
Les arguments ayant motivé cette décision de boycott des législatives sont de deux ordres : il y a, d’une part, «la position de la base militante qui refuse la participation» et, d’autre part, «les doutes de la direction du parti quant à la transparence et la crédibilité des élections», nous explique-t-on. «Nous savons que les jeux sont faits d’avance», a expliqué à ce propos, hier Ali Benflis, avant de soutenir qu’«à défaut de nous rassembler pour faire face à cette crise, on nous propose la tenue d’élections qui porteront comme d’habitude la marque infamante de la tricherie politique et de la fraude électorale». Ali Benflis est convaincu que les élections «n’ont au fond qu’une raison d’être : celle d’actualiser périodiquement la distribution par l’appareil politico-administratif des quotas électoraux entre les forces politiques participantes, en fonction de leur docilité ou de leur indocilité». «Il ne faut attendre des élections telles qu’elles se déroulent dans notre pays rien de plus et rien de moins». Avant cette prise de décision, Ali Benflis ainsi que son état-major ont mené une consultation auprès de la base militante au cours de laquelle une multitude de questions leur ont été posées, à l’instar de savoir si «ces élections sont destinées à constituer un tournant dans la réhabilitation de la citoyenneté véritable et du respect du jugement du peuple souverain ou ne seront qu’une autre étape banale dans la perpétuation du déni de citoyenneté et de la confiscation de la volonté populaire ? et est-ce que ces élections s’inscrivent dans la trajectoire impérative de la modernisation de notre système politique ou ne servent-elles qu’à lui donner un autre sursis et un nouveau souffle ?». Les membres du comité central ont également été sollicités via des questions à même de les orienter vers un positionnement clair par rapport aux législatives.
C’est ainsi que l’une des questions majeures qui leur a été posée a été de savoir si «ces élections donneront à la République les institutions légitimes et représentatives dont elle a un besoin vital ou ne seront qu’une autre occasion manquée perpétuant le règne de l’illégitimité et de la non représentativité et amplifiant la perte de crédit de nos gouvernants ainsi que la défiance profonde qu’ils suscitent auprès des gouvernés ?». Par ailleurs, Ali Benflis n’a pas manqué, comme à l’accoutumé, d’avoir des mots très durs à l’endroit du régime en place à l’issue de sa décision de boycott des législatives : «Nul n’est plus patriote que l’autre et ceux qui se battent pour les droits, pour les libertés et pour le changement politique, économique et social ne sont certainement pas moins patriotes que ceux qui veulent nous faire prendre la stagnation pour de la stabilité, l’immobilisme pour de la tranquillité et les réformes pour du chaos et de l’anarchie», a-t-il lancé à la presse avant de préciser que «ce régime devrait pourtant savoir que la main de l’étranger n’est rien d’autre qu’un argument fallacieux d’un Etat de non-droit en perte de vitesse.
Il devrait savoir aussi que la main de l’étranger est l’explication facile à laquelle ont recours toutes les autocraties pour s’exonérer de leurs responsabilités directes dans les échecs vers lesquels elles finissent par mener les Etats où elles sévissent. Il devrait savoir, enfin, que la main de l’étranger est une justification commode pour les gouvernances politiques défaillantes».
Il y a lieu de rappeler, comme indiqué dans notre édition de samedi, que l’étude ou la consultation du secrétariat national du parti soumise hier aux membres du Comité central sur le contexte politique, juridique et institutionnel des élections législatives et dont la rédaction de Reporters détient une copie, qu’en dehors du fait que le parti de Benflis reste fidèle à ses thèses quant au «manque de légitimité des institutions», «la non-crédibilité et la non-transparence du processus électoral», il n’en demeure pas moins qu’un des éléments abordés étai «la possibilité des résultats politiquement humiliants pour le parti». «L’impératif de préserver le Parti de l’octroi, par la manipulation frauduleuse du scrutin, d’un score politiquement humiliant, qui ne correspond pas à son poids sur la scène politique, ce qui serait préjudiciable à l’image de notre parti et démobiliserait ses militants», selon les rédacteurs du document.