Profitant de sa présence à Tizi Ouzou pour, dira-t-il, soutenir la JSK en l’accompagnant dans son périple à Cotonou y disputer la finale de la Coupe de la CAF contre le Raja Casablanca, le chanteur kabyle Takfarinas a animé une conférence de presse, dans la soirée de mardi, pour parler de la sortie de Ul-iw Tsayri (mon cœur c’est l’amour), un double album officiellement dans les bacs depuis peu en Algérie et à l’étranger.

Par Sarah A. M.
Fidèle à son style, qu’il décline dans le label Yal musique, Takfarinas a concocté un album riche de sonorités et fusions de rythmes qui parcourent 21 chansons qui traitent de sujets divers et qui se réfèrent beaucoup au thème de l’amour.
D’où Ul-iw Tsayri (mon cœur, c’est l’amour), un titre qui traduit l’attitude altruiste et généreuse de l’artiste qui exprime ainsi sa reconnaissance à son public qui lui est resté fidèle depuis le succès fulgurant de Way Talha (combien elle est belle!), au début des années 1990.
Le thème de l’amour se décline aussi dans un ensemble de symbolisations qu’on peut déceler dans la conception de son nouvel instrument musical, une mandole, dont le caisson en forme de cœur, de couleur rouge, irrigué par des cœurs minuscules et des filaments et surmonté par un manche coiffé d’une touffe de fils rouges symbolisant un bouquet de fleurs. C’est en tout cas, le sens que retient Veronique Mortaigne, la biographe de Takfarinas.
«C’est dans cet esprit (les symbolisations qui se réfèrent à l’amour, ndlr) que Takfarinas a construit son 19e album, Ul-iw Tsayri (Mon cœur, c’est l’amour), réalisé avec la complicité de l’ingénieur du son Abdelghani Torqui et du Cubain Luis Orlando, véritable couteau suisse de l’opus. Les neuf ans qui le séparent du précédent album Lwaldine (hymne aux parents) n’ont aucunement rompu la continuité du travail de l’artiste. Au contraire. L’album se terminait par une déclaration d’amour à son public, fort nombreux, attentif, qui le suit depuis ses débuts en 1979», écrit la journaliste.
Aussi, album collaboratif, Ul-iw exprime la tendance à l’ouverture, aux échanges fusionnels et enrichissants de celui que ses fans appellent Tak. Il a permis à des artistes connus ou manquant de visibilité de s’exprimer à ses côtés, en duo ou en solo. Celia Ould Mohand, jeune lauréate du télé-crochet de la Télévision nationale, le rappeur Rohff, franco-comorien de Vitry, le rappeur américain d’origine dominicaine Mangu et Rébecca, une chanteuse avec qui «il se livre à un échange plein d’humour et de quiproquos, sur un fond extrêmement festif, et à la guitare, Norbert Krief, «Trust» accompagnateur de Johnny Hallyday, sont les artistes qui ont apporté leur touche et leurs nuances dans l’ensemble très coloré des sons et des rythmes qui composent Ul-iw.

Des racines et des ailes
«J’oriente le son à l’international mais je m’adresse en premier lieu au public de mon cru», dira Takfarinas, en réponse à une question portant sur l’influence de l’exil sur son inspiration qui, selon lui, ne souffre nullement de l’éloignement. Son immersion dans un contexte culturel a enrichi sa sensibilité au lieu de la stériliser. «Je vis en France mais je viens 5 à 6 fois en Algérie pour me ressourcer. Sur le plan musical, je m’adresse en premier lieu à mon public originel mais cela ne m’empêche pas de chanter pour les autres, d’orienter mon son à l’international. C’est cela l’esprit du concept Yal qui est ma marque de fabrique. Le Yal musique est un bouquet de roses de toutes les couleurs et de tous les parfums ; chacun peut s’y retrouver», explique l’auteur de Way Talha qui se décrit comme un perfectionniste dans ses créations et l’usage instrumental et des techniques innovantes sur les plans acoustiques.

De la difficulté d’être artiste en Algérie
Takfarinas s’est longuement exprimé sur les multiples défis auxquels sont confrontés les artistes algériens qui semblent souffrir d’une gestion bureaucratique de la culture. Le monopole de l’Etat sur le circuit d’organisation de spectacles et l’absence d’organismes privés dans le domaine empêchent les artistes d’aller à la rencontre de leur public. Takfarinas regrette et dénonce que les artistes étrangers, essentiellement, orientaux, bénéficient de plus d’égard de la part de l’institution culturelle algérienne.
«En 32 ans de carrière, j’ai fait seulement 14 soirées en Algérie. La signature d’un contrat avec un organisateur public de spectacle est un marathon, une véritable guerre. C’est seulement la veille du spectacle qu’on nous invite à signer le document d’engagement», se plaint Takfarinas, qui se rappelle encore avec amertume de la mésaventure de la tournée nationale avortée de 2015, qui devait le mener à travers une tournée de wilayas. Malgré les assurances qui lui ont été données par Nadia Laabidi et Azzedine Mihoubi, qui s’étaient succédé à la tête du ministère de la Culture, la tournée qui devait être organisée en collaboration avec le ministère de la Jeunesse et des Sports avait été bloquée et tout simplement annulée par l’ONCI de l’époque.