Le professeur Djamel-Eddine Nibouche, chef du service cardiologie à l’hôpital Nafissa-Hamoud d’Alger, a fait savoir, hier, que près de 44% de décès en Algérie sont dus aux infarctus du myocarde, plus communément appelés «crises cardiaques».
Le responsable, invité de la Chaîne III, a en ce sens appelé les autorités sanitaires à mettre en place un «plan et une stratégie nationaux» visant à lutter contre ses causes, notamment le tabagisme et l’obésité : «Nous avons attiré l’attention des autorités sanitaires du pays sur la nécessité de lancer un plan progressif de prise en charge préventive, thérapeutique et post-thérapeutique de cette maladie.» Pour rappel, le taux de maladies cardiovasculaires touche 34% de personnes dans le monde selon les chiffres de l’OMS, dont 36% chez les sujets de sexe masculin et 31% chez les femmes.
Le professeur de médecine explique que la situation actuelle en Algérie est devenue un véritable «problème de santé publique» et ses conséquences se mesurent également au plan économique. «Ces maladies commencent à poser un vrai problème de santé publique en Algérie, leurs prises en charge médicale sont complexes et surtout coûteuses». Quant aux principales causes derrière ce taux élevé de cas d’infarctus, elles seraient déjà largement identifiées. Le responsable appelle en ce sens à lutter efficacement contre le tabagisme, l’obésité mais aussi le stress : «Le tabac est l’une des premières causes d’infarctus du myocarde en Algérie (…) mais il y a aussi l’obésité, qui est devenue une véritable épidémie». L’obésité est un facteur de risque majeur, elle est due à la mauvaise alimentation mais aussi au stress qui a nettement augmenté du fait du changement de vie de l’Algérien». Deux causes principales, auxquelles s’ajoute encore la multiplication du nombre de personnes atteintes de diabète, «près de 14,5% selon les dernières estimations de l’étude de l’OMS (…) et c’est un pourcentage qui augmente».
Reconnaissant, et insistant toutefois sur la volonté des autorités sanitaires en vue de limiter la consommation de tabac, notamment avec son interdiction «théorique» par décret, dans les lieux publics, la mise en pratique d’une telle mesure suscite néanmoins les questions du spécialiste de santé : «Quand on fait une loi, sa faisabilité n’est souvent pas étudiée (…) pour lutter contre le tabagisme. Un système de procès, de verbalisation, a été institué contre les citoyens qui fument dans les lieux publics. Mais est-ce la bonne solution ? Et pourquoi n’est-elle pas appliquée ?» Préconisant par ailleurs de travailler sur le système de prise en charge des malades, en amont et en aval, des premiers signes d’infarctus, notamment en cas de survenue de douleurs thoraciques. «Dans les pays développés, la mortalité due à l’infarctus du myocarde a été diminuée grâce à trois axes, la prévention puis, la prise en charge qui doit être codifiée en veillant à intervenir rapidement (…) et, enfin, une fois le malade transporté à l’hôpital, il faut aussi des moyens pour le sauver». L’autre «solution» à mettre en oeuvre serait aussi une plus large diffusion de l’information de santé par différents canaux. «Il faut comprendre que la prise en charge doit être multisectorielle, le ministère de la Santé ne peut à lui seul lutter contre les causes d’une maladie telle que l’infarctus du myocarde.» Le professeur D.-E. Nibouche appelant en ce sens à mobiliser le secteur de la communication, mais aussi «l’assurance maladie».
Responsable et «acteur de terrain» de la santé, le professeur Djamel-Eddine Nibouche s’est également exprimé, hier, sur le projet de réforme des hôpitaux. «Une urgence», selon lui. «Nous l’avons toujours demandé (…) Les citoyens se plaignent du système depuis très longtemps.» Ajoutant en substance que la crise sanitaire actuelle a révélé l’étendue de la réforme à mettre en chantier : «Les problèmes se sont accumulés depuis longtemps, avant même la pandémie de Covid-19». En ce sens, les principaux axes de cette réforme devraient, pour le Pr D.-E. Nibouche, «adapter l’hôpital aux capacités algériennes». Quant à l’amélioration de la qualité des soins, un droit par ailleurs reconnu par la Constitution, elle devrait passer «impérativement par une décentralisation des moyens de gestion (…) Il faudrait revoir le système pour que chaque wilaya soit indépendante. Chaque wilaya a ses spécificités. Il faudrait un hôpital central de wilaya capable de proposer toutes les spécialités». Se montrant ainsi totalement opposé à l’idée de «multiplier» les infrastructures de santé «en dehors d’un plan global réfléchi», le professeur D.-E. Nibouche explique : «On dit souvent qu’il faut créer des hôpitaux universitaires partout. Non, un CHU est fait pour la formation des médecins. C’est une école qui n’a pas la même vocation qu’un hôpital public, qui est là pour soigner.» L’ensemble des «solutions» préconisées nécessiteront cependant «du temps et un travail assidu», avertit le chef du service cardiologie à l’hôpital Nafissa-Hamoud d’Alger.
Sa «principale crainte» est, quant à elle, d’ordre politique : «Le problème est que chaque changement de ministre cause des coupures dans les projets de réformes (…) J’espère cette fois que nous avons un ministre chargé de la réforme hospitalière et que le travail continuera. Malheureusement, nous avons été habitués à ce que tout reprenne à zéro à chaque fois.» <