Sans transformation des banques, il est vain de s’attendre à la collecte de ressources financières suffisantes en vue de sortir de la crise actuelle et redémarrer l’économie nationale.

Des opérateurs et des représentants d’organisations patronales, ainsi que des experts sont intervenus récemment pour appeler à la mise en oeuvre urgente de la réforme bancaire, car sans cette transformation du système bancaire, il est vain de s’attendre à la collecte de ressources financières suffisantes pour sortir de la crise économique actuelle et faire redémarrer l’économie nationale. Le Gouvernement Djerad n’a pas jusqu’ici une feuille de route détaillée concernant cette réforme consignant l’ensemble de mesures à court, moyen et long termes en cohérence entre elles avec un échéancier précis en termes de réalisation de ces actions. Tel est le constat amer. «Le discours officiel évoque la finance islamique, la modernisation des banques, émet des signaux par petites touches successives, mais n’évoque pas la nécessité de détailler cette réforme globale et de l’appliquer», observe un spécialiste financier. Qu’on en juge. Le 12 juillet, le Président de la République avait, lors d’un Conseil des ministres, donné des instructions «en vue d’accélérer l’ensemble du processus des réformes, notamment en ce qui concerne le secteur bancaire qui devient urgent plus que jamais, d’accorder une importance toute particulière à la numérisation et la modernisation des impôts, du Cadastre et des Douanes et de poursuivre le processus de mise en place de la finance islamique pour dynamiser la collecte de l’épargne et créer de nouvelles sources de crédits». Le chef de l’Etat laisse ainsi entendre que l’Algérie n’en est pas encore à l’application de cette réforme globale. Il faut savoir que la réforme bancaire est annoncée depuis plus de vingt ans au moins sans qu’elle soit mise en oeuvre dans sa totalité. Peu d’actions jusqu’ici ont été menées. Elles se résument en particulier à la mise en place d’un système de télé compensation moderne et de systèmes d’information moderne dans certaines banques, l’introduction de la monétique et d’un début du processus de digitalisation des banques sans introduire de changements profonds dans leur fonctionnement et dans l’amélioration de leurs performances. En ce sens, le ministre des Finances, Aymène Abderrahmane, a qualifié récemment les banques en Algérie de tiroirs-caisses lors de l’émission «l’Invité de la Rédaction» de la Chaîne III. La Banque devrait faciliter l’accès au crédit aux citoyens et aux opérateurs et investisseurs honnêtes et non comme auparavant réserver les financements bancaires à une poignée de clients privilégiés sous le régime de la Issaba, avait-il laissé entendre. Lors de son entretien avec le vice-président de la Banque Mondiale pour la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord, Ferid Belhadj, le ministre des Finances a invité cette institution financière internationale à appuyer et accompagner la mise en oeuvre de cette réforme sur le plan technique. Le Premier ministre Abdelaziz Djerad, lui, a de nouveau appelé lors du lancement de la finance islamique, mardi dernier, à «la modernisation des banques et à la numérisation du système bancaire pour remédier au problème de liquidité et gagner la confiance du citoyen afin de l’encourager à utiliser la carte bancaire pour les retraits».Tout cela montre que nous sommes toujours au stade des intentions. Pourtant, plusieurs spécialistes de l’économie nationale et des spécialistes financiers ont déjà livré la substance de cette réforme bancaire.
L’économiste Rachid Sekak, qui cumule une longue expérience dans le secteur bancaire, a estimé que «le vrai boulot de la banque n’est pas de distribuer de l’argent, mais de financer des projets viables des petites et grandes entreprises.»
De quoi inspirer nos gouvernants. Dans un entretien accordé à Reporters en octobre 2019, l’économiste fournissait une esquisse de cette réforme bancaire. «Le processus de restructuration bancaire du secteur sera complexe et d’une grande ampleur technique et humaine. J’ai proposé, lors d’une conférence chez Care, des axes d’effort de cette réforme : la définition d’une stratégie pour le secteur bancaire et sa communication pour donner de la visibilité aux investisseurs ; le renforcement et la modernisation de la gouvernance des banques pour clarifier leur rôle et les éloigner d’une redistribution de la rente ; le retour à une autonomie de la Banque d’Algérie ; des évolutions réglementaires en matière de contrôle des changes ; l’actualisation du dispositif de supervision et du cadre macro prudentiel avec notamment le renforcement des registres de crédits ; des évolutions institutionnelles en dehors du secteur bancaire, notamment au sein du système judiciaire pour renforcer les droits des créanciers ; un effort colossal de formation et de communication.» L’économiste pose également des préalables à la mise en oeuvre de cette réforme. Pour réussir (cette réforme), «il faudra convaincre, engager et motiver les collaborateurs du secteur qui auront la lourde tâche de la déployer. La concertation et la communication seront de première importance. Là aussi, l’équation politique est importante». Il insiste en ce sens sur la confiance. «La réforme de fond du secteur bancaire en vue de sa modernisation est l’une des mesures à mettre en oeuvre avec courage et détermination. Il faudra reconstruire la confiance. Un regain de confiance pourra être un vecteur de confiance».
Rattrapé par la grave crise actuelle, le gouvernement Djerad s’ouvre à la concertation. Ce qui est une bonne chose. Espérons qu’à la faveur de la tripartite annoncée pour les 16 et 17 août prochain qui planchera sur le plan de sauvegarde des entreprises et du pouvoir d’achat des travailleurs ainsi que sur le plan de relance économique et sociale, le dossier pourra avancer avec une déclinaison au moins de l’approche qui permettrait d’accélérer l’application de cette réforme bancaire, tant indispensable pour faire redémarrer l’économie et renouer avec les sentiers d’une croissance forte et durable, aux effets bénéfiques sur l’emploi et les revenus de la population. <