Plus de 235 000 Syriens ont été déplacés en deux semaines en raison de l’intensification de l’offensive des forces du régime de Damas et de leur soutien russe dans le nord-ouest du pays, selon l’ONU. Ces déplacements massifs tombent au pire moment, alors que la région est frappée par de fortes averses qui inondent les camps de déplacés.

Le Bureau de l’ONU pour les affaires humanitaires (Ocha) rappelle que les déplacements « en hiver exacerbent le caractère vulnérable de certains, notamment les femmes, les enfants et les personnes âgées ». Il déplore aussi la suspension de l’aide de certaines ONG en raison des combats. Le régime, qui après plus de huit ans de guerre contrôle désormais plus de 70% du territoire, s’est dit déterminé à reconquérir la région d’Idleb, dominée par les djihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS).
Depuis le 16 décembre, ses forces, soutenues par l’aviation russe, ont intensifié leurs bombardements et de violents combats au sol les opposent aux jihadistes et rebelles, malgré un cessez-le-feu annoncé en août. Le régime a récemment pris le contrôle de dizaines de villages, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Et depuis le 19 décembre, les combats, qui ont tué des centaines d’hommes dans les deux camps, se concentrent autour de la ville de Maâret al-Noomane. Dans un communiqué, l’ONU parle de 235.000 personnes déplacées entre le 12 et le 25 décembre qui ont surtout concerné cette ville, « quasiment vidée » de ses habitants, et ses environs.
Depuis mi-décembre, les combats et raids aériens ont tué en outre près de 80 civils, selon l’OSDH. La plupart des déplacés ont fui vers le nord pour rejoindre les villes d’Ariha, Saraqeb et Idleb, ou des camps de déplacés déjà surpeuplés le long de la frontière avec la Turquie, et certains se rendent dans des zones contrôlées par des rebelles pro-Ankara au nord d’Alep, a précisé l’ONU. Certaines personnes qui avaient quitté Maâret al-Noomane pour Saraqeb « fuient de nouveau plus au nord, anticipant une intensification des combats » dans cette zone, selon la même source. Un porte-parole de l’Ocha, David Swanson, a indiqué vendredi que plus de 80% de ceux qui avaient fui le sud de la province d’Idleb en décembre étaient des femmes et des enfants.
Près de trois millions de personnes –dont la moitié ont été déplacées depuis d’autres régions reconquises par Damas– vivent dans la région d’Idleb, composée d’une grande partie de la province du même nom et de segments des provinces voisines d’Alep et de Lattaquié, et dominée par HTS. Damas et Moscou y ont mené une offensive d’envergure entre avril et août, entraînant la mort d’un millier de civils, selon l’OSDH, provoquant la fuite de 400.000 personnes d’après l’ONU. Mardi, Ankara, qui soutient des rebelles en Syrie, a annoncé être en pourparlers avec Moscou pour obtenir un nouveau cessez-le-feu à Idleb, appelant à la fin immédiate des frappes. L’intensification de l’offensive à Idleb a suscité la condamnation d’autres pays.
Le 20 décembre, Moscou et Pékin avaient mis leur veto au Conseil de sécurité à un projet de résolution étendant d’un an l’aide humanitaire transfrontalière de l’ONU à quatre millions de Syriens, dont les habitants d’Idleb. Le conflit en Syrie, déclenché en 2011 par la répression de manifestations par Damas, a fait plus de 370.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.n