Le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a, dans une interview accordée au journal français Le Monde, exprimé la position de l’Algérie sur le conflit qui tient actuellement en haleine le monde entier, celui de la Syrie. Une position qui a toujours considéré que «le problème qui se pose à la Syrie doit être réglé dans un cadre syrien».

Pour Abdelkader Messahel, il faut faire la différence entre la lutte contre le terrorisme, qui est une obligation pour tous, et des conflits nés de clivages internes. «La solution est à trouver dans le cadre du dialogue, du respect de la souveraineté des peuples et des Etats, sans ingérence d’où qu’elle vienne», a souligné le chef de la diplomatie algérienne, en déplacement en France, où il a rencontré son homologue Jean-Yves Le Drian. Sur d’autres conflits dans la région, comme la Libye, la question de l’ingérence dans les affaires internes des Etats est également décriée par Messahel. Selon lui, «le processus en Libye est contrarié par trop d’agendas qui ne permettent pas à la volonté du peuple libyen d’aboutir selon la stratégie arrêtée par les Nations unies». Messahel estime que la solution doit venir d’un dialogue entre Libyens et que le rôle de l’Algérie, qui soutient le représentant des Nations unies Ghassane Salamé dans son effort, «est d’accompagner les Libyens dans la mise en œuvre de leurs propres volontés, sans ingérence». Sur le Mali, il dira que l’Algérie a accompagné les «frères Maliens» jusqu’à la signature de l’accord. Un accord qui «ne vaut que s’il est mis en œuvre. Et il le sera seulement si ceux qui l’ont signé en ont la volonté», notera-t-il. Ajoutant qu’il n’y aura point de solution en dehors de «l’appropriation de la sortie de crise par les Maliens eux-mêmes». «Notre rôle, comme celui de la France, des Nations unies, est de les accompagner », dira Messahel, qui rappellera les efforts de l’Algérie pour renforcer les capacités des troupes maliennes et nigériennes, la formation des troupes spéciales, le soutien logistique, le partage  du renseignement, en réponse à ceux qui estiment que l’Algérie est dans une position de retrait sur la question. «Nous accordons une aide substantielle de plus de 100 millions de dollars en quelques années» aux pays du Sahel pour lutter contre le terrorisme.

«Iyad Ghaly n’est pas en Algérie»
«Nous ne parlons pas beaucoup de ce que nous faisons, mais nous le faisons», dira Messahel, qui expliquera la réserve de l’Algérie de faire partie de certaines initiatives opérationnelles actuellement au Sahel. «Les gens se focalisent sur la présence ou non de l’Algérie dans le G5 Sahel. Les raisons pour lesquelles nos forces armées ne sortent pas du territoire sont constitutionnelles, historiques, culturelles. L’Armée algérienne est faite pour jouer son rôle de défense nationale. Nous n’avons pas de problème avec ceux qui se mobilisent pour combattre le terrorisme, bien au contraire. Nous aidons aussi ces pays, mais chacun le fait à sa manière», explicitera Messahel. Il ajoutera qu’il n’y a pas plus dangereux que le retour de combattants pour l’avoir connu en Algérie dans le début des années 1990. «Aujourd’hui, peu de combattants vont revenir vers l’Europe, car celle-ci s’est dotée de moyens pour l’empêcher. Par contre, beaucoup vont chercher à venir vers le Sahel, car c’est dans cette région qu’ils trouveront des espaces, des sources de financement et une faiblesse des institutions», avertira-t-il. A une question sur le sort d’Iyad Ghaly, terroriste trop souvent associé à l’Algérie par les médias français, Messahel dira que le personnage, qui «figure sur une liste noire des Nations unies», n’est pas en Algérie. «C’est un chef terroriste comme un autre et nous n’avons rien à voir avec lui. Sur ce sujet, il faut interroger les Maliens, les Français», dira-t-il à son intervieweur. Enfin, sur la question du conflit au Sahara occidental, le chef de la diplomatie algérienne a rappelé que le porte-parole des Nations unies a dit qu’il n’y avait pas eu de violation du cessez-le-feu, contrairement aux allégations de la partie marocaine qui voudrait absolument mêler l’Algérie dans le conflit. «L’Algérie a toujours soutenu les droits légitimes du peuple sahraoui. Nous reconnaissons qu’il y a des réfugiés sur notre territoire. Tout comme il y a eu des réfugiés algériens au Maroc pendant notre guerre de Libération. Le Maroc nous a soutenus, tout comme la Tunisie. Mais nous ne leur avons pas demandé d’aller négocier l’indépendance de l’Algérie avec les Français à notre place. C’est la même chose. Nous ne faisons pas partie de ce conflit», conclura Messahel.