Alors que le monde retenait son souffle s’attendant à une imminente conflagration en Syrie tant les Occidentaux redoublaient de menace d’intervention, le fantasque président américain Donald Trump semble entamer une certaine hésitation. La guerre est-elle suspendue ? Dans ce moment de flottement Moscou réagit.

Vladimir Poutine met en garde le président français Emmanuel Macron contre tout « acte irréfléchi et dangereux » en Syrie, qui pourrait avoir des « conséquences imprévisibles » dans toute la région. « Il est essentiel d’éviter toute action irréfléchie et dangereuse qui serait une violation flagrante de la Charte des Nations unies », a déclaré le Kremlin qui propose de revenir à la raison.
« Vladimir Poutine a mis l’accent sur la nécessité de mener une enquête poussée et objective jusqu’à la conclusion de laquelle il serait judicieux de s’abstenir de toute accusation à l’encontre de qui que ce soit », a poursuivi le Kremlin.
Cet appel intervient à un moment où les Occidentaux semblent hésiter sur une intervention militaire qui paraissait imminente sous le prétexte ressassé du chimique qu’aurait utilisé l’armée syrienne. La Russie, qui dément toute attaque chimique, évoque une mise en scène, un prétexte utilisé pour déclencher une opération militaire qui risque d’être destructrice pour tout le monde. La vidéo de l’attaque chimique présumée à Douma a été filmée dans un hôpital local, a d’ailleurs déclaré le porte-parole du ministère russe de la Défense. Igor Konachenkov, annonçant avoir retrouvé et interrogé les participants au tournage de l’attaque chimique présumée dans la ville syrienne de Douma.
« On a dit aux Casques blancs que du 3 au 6 avril, les combattants de Jaïch al-Islam lanceraient une série de tirs d’artillerie sur Damas. Cela provoquerait une réaction des forces gouvernementales que les Casques blancs devaient utiliser pour mettre en place cette provocation », a-t-il déclaré.

« Nouvelle aventure à la libyenne »
Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a accusé les services spéciaux d’un Etat « en première ligne dans la campagne russophobe » d’être impliqués dans cette mise en scène de la fameuse attaque chimique dans la Ghouta. « Nous avons des preuves irréfutables qu’il s’agissait d’une autre mise en scène, et que les services spéciaux d’un Etat qui est en première ligne de la campagne russophobe ont participé à la mise en scène », a noté Sergueï Lavrov. Plus explicite l’armée russe a affirmé hier disposer de « preuves » de la « participation directe de la Grande-Bretagne » à la « mise en scène » de l’attaque chimique que dénoncent les Occidentaux dans la Ghouta orientale la semaine dernière.
L’armée russe a des « preuves témoignant de la participation directe de la Grande-Bretagne à l’organisation de cette provocation dans la Ghouta orientale », près de Damas, a déclaré le porte-parole de l’armée russe Igor Konachenkov. Il a accusé Londres d’avoir « exercé une forte pression » sur les Casques blancs syriens, des sauveteurs en zone rebelle qui ont les premiers alerté sur cette attaque chimique présumée, « pour mettre en place cette provocation préparée à l’avance ».
Sergueï Lavrov adresse de la sorte un message fort aux Occidentaux, qui envisagent depuis plusieurs jours d’intervenir militairement malgré les risques d’une telle action. Des menaces et ultimatums qui créent une atmosphère « très alarmante » autour de la Syrie, estime Sergueï Lavrov. « Dieu nous garde d’une nouvelle aventure à la libyenne », a en outre avertit le diplomate en référence aux conséquences désastreuses de l’intervention de l’Otan dans la Libye. Le ministre des Affaires étrangères russe a d’ailleurs noté que la plus petite erreur de calcul en Syrie pourrait mener à une nouvelle vague de migrants. Si la France se place dans une position de suiviste derrière les Etats-Unis favorable à la guerre, de nombreux autres pays occidentaux ont fait part de leurs réserves.
Entre la volonté de suivre Washington et la pression de ses députés, le Premier ministre britannique Theresa May souhaiterait disposer de davantage de preuves.
L’Allemagne d’Angela Merkel a dit ne pas participer à une telle action aux conséquences désastreuses pour le monde entier. Comment expliquer les soudains atermoiements de Donald Trump ? Selon certains analystes des négociations avancées seraient en cours avec les Russes. Aussi plusieurs centres de décision aux Etats-Unis auraient des avis divergents sur la question, les généraux, le Pentagone, et surtout le patron de la défense, le général James Mattis. Ce dernier veut un minimum de preuves de la responsabilité de Damas. James Mattis a indiqué aussi craindre, en cas de guerre, la perte de contrôle de la situation sur un terrain difficile. Trump a de son côté assuré n’avoir jamais précisé la date d’une attaque si elle devait avoir lieu.