L’armée syrienne a repris hier samedi aux djihadistes et rebelles la ville de Saraqeb, dans la province d’Idleb, une position clé pour Damas qui mène une offensive décisive dans le nord-ouest de la Syrie et qui pourrait se heurter bientôt aux forces turques qui occupent des avant-postes dans la région et parrainent les groupes rebelles syriens.

«Des unités de l’armée (syrienne) contrôlent désormais la totalité de la ville de Saraqeb », a indiqué la télévision d’Etat, qui a diffusé en direct, hier, des images de quartiers de la ville désormais déserts.
L’agence officielle Sana a fait état de la « fin » des opérations de «ratissage» dans la ville, située à 20 km au sud-est d’Idleb. Saraqeb, rappellent les observateurs, se trouve à la jonction de deux autoroutes clés, M5 et M4, que le régime cherche à reconquérir en vue de relancer une économie ravagée par près de neuf ans de guerre. La voie M5 relie Alep, deuxième plus grande ville du pays et ancien poumon économique de Syrie, à la capitale Damas, tandis que la M4 relie Alep à la ville côtière de Lattaquié, fief du régime. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), le régime qui s’attaque désormais au dernier grand bastion qui lui échappe contrôle désormais près de la moitié de la province d’Idleb et la quasi-totalité de la M5, à l’exception d’un tronçon d’environ 30 km, situé dans le sud-ouest d’Alep. L’autre moitié ainsi que des secteurs attenants des provinces voisines d’Alep sont toujours dominés par les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda). La région de trois millions de personnes abrite aussi d’autres groupuscules djihadistes et des groupes rebelles affaiblis.
Le front d’Idleb représente la dernière grande bataille stratégique pour le régime, qui contrôle désormais plus de 70% du territoire, selon l’OSDH. Fin janvier, ses forces, appuyées par leur allié russe, avaient déjà reconquis la ville clé de Maaret al-Noomane -la deuxième plus grande de la province d’Idleb- également traversée par la M5, l’axe routier le plus long du pays.
Nouvel avertissement d’Ankara
Ces nouvelles reconquêtes interviennent alors que la Turquie, qui soutient certains groupes rebelles, réitère ses avertissements après avoir envoyé des renforts militaires ces derniers jours pour renforcer ses positions à Idleb. Depuis vendredi, 350 véhicules ont franchi la frontière syro-turque en direction d’Idleb, selon l’agence étatique turque Anadolu.
« Tous les renforts sont acheminés vers des secteurs situés au nord-ouest de Saraqeb », a affirmé l’OSDH.
Vendredi, une source sécuritaire turque avait indiqué que trois avant-postes avaient été encerclés par des soldats du régime. « Nos postes d’observations à Idleb sont toujours en service et sont capables de se protéger avec les armes et l’équipement dont ils disposent », a assuré le ministère turc de la Défense sur Twitter. « En cas de nouvelle attaque, une réponse appropriée sera mise en oeuvre de la manière la plus forte, basée sur le droit à l’autodéfense ».
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a posé un ultimatum au régime syrien, lui demandant d’éloigner ses troupes des postes d’observation militaires turcs d’ici fin février. Lundi, huit Turcs avaient été tués par un bombardement du régime. Farhettin Altun, le porte-parole du président Erdogan, a déclaré que l’évolution de la situation à Idleb était devenue intolérable pour Ankara, rejettant la responsabilité de la crise sur le régime Assad.
« Nous ne pouvons pas tolérer ce qui se déroule à Idleb. Nous demanderons des comptes pour nos martyrs », a-t-il dit. « La place de Bachar al-Assad à l’avenir (…) n’est pas dans son palais présidentiel, mais à la Cour internationale de justice à La Haye » (Pays-Bas).
Cet incident a rendu furieux Ankara, qui a demandé à Moscou de faire pression sur le régime pour qu’il cesse son offensive. Une délégation russe devait s’entretenir hier avec des représentants turcs à propos de la situation à Idleb.
La Turquie et la Russie, quoique se trouvant dans des camps opposés dans le conflit syrien, ont collaboré étroitement ces dernières années pour gérer la situation à Idleb.
En vertu d’un accord entre les deux pays, la Turquie dispose dans la province d’Idleb de 12 postes d’observation, dont trois sont encerclés par les troupes de Damas, dans le sud-est d’Idleb.