Les Nations unies ont exprimé, lundi, leur inquiétude devant l’intensification des combats dans la région de Damas. Des responsables de l’ONU ont reçu des informations sur des civils tués ou blessés lors de bombardements à la lisière de Damas, a indiqué le porte-parole de l’ONU Farhan Haq. Plus de 100 000 civils démunis vivent dans ces zones, a-t-il ajouté.

Les forces de Damas ont redoublé Lundi leurs bombardements à la périphérie de la capitale syrienne, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) et des militants sur le terrain. «Les raids aériens ont tué sept personnes, dont une femme et un enfant, et blessé 12 autres à Barzé», un quartier tenu par les rebelles dans le nord de Damas, a affirmé l’OSDH. Des obus ont également frappé Qaboun, un autre quartier rebelle du nord-est de la capitale. Selon les observateurs, l’approche de pourparlers coïncide toujours avec une recrudescence de la violence. Après les bombardements par les forces gouvernementales bombardent de positions rebelles près de la capitale syrienne et dans la province de Homs au centre du pays, l’opposition dénonce un «message sanglant» destiné à saboter les négociations. Pour sa part, l’envoyé spécial de l’ONU Staffan de Mistura est à Genève, où il attend l’arrivée de délégations devant participer à de nouveaux pourparlers de paix sur la Syrie à partir de demain jeudi. Des questions sur les délégations restaient en suspens, lundi, a reconnu M. Haq. «Nous espérons avoir des précisions sur qui doit venir précisément», a-t-il dit. Il s’agit des premiers pourparlers depuis les dernières tentatives de régler le conflit, entre janvier et avril 2016 à Genève, qui s’étaient soldées par un échec. Les nouveaux pourparlers s’ouvrent cependant dans un contexte sur le terrain radicalement différent par rapport à avril 2016: le régime, appuyé par ses alliés russe et iranien, a repris Alep, l’emblématique fief de l’insurrection dans le Nord, et celle-ci ne contrôle plus, selon des estimations, que 13% du territoire. La Turquie, soutien de l’opposition, est devenue belligérant de fait en intervenant au sol dans le nord de la Syrie. Elle s’est aussi rapprochée de Moscou, soutien indéfectible du régime, et parraine avec lui et l’Iran, depuis fin décembre, un cessez-le-feu très volatil.

«Sans illusions»
«Je ne me berce pas d’illusions», a admis l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura, lors d’un débat sur la Syrie organisé, dimanche dernier, à la Conférence sur la Sécurité de Munich. Mais «il est temps d’essayer de nouveau», a insisté le diplomate italo-suédois. Cette fois-ci, selon des sources diplomatiques proches des négociations, l’ONU veut mettre face à face les deux belligérants. La délégation du régime sera conduite, comme les fois précédentes, par l’ambassadeur syrien à l’ONU, Bachar al Jaafari. Celle de l’opposition sera dirigée par l’avocat Mohammad Sabra, un proche de la Turquie.
Des groupes de travail devraient être mis en place sur les trois thèmes prévus par la résolution de l’ONU: la gouvernance, la future Constitution, les futures élections. Autant de sujets qui n’ont jamais pu être abordés en profondeur, la question de la «transition politique» n’ayant pas du tout le même sens selon qu’on se place du point de vue de Damas ou de l’opposition. «Nous irons à Genève pour discuter d’une solution politique», a déclaré Anas al-Abdeh, le chef de la Coalition nationale syrienne, lors du forum de Munich. Mais, a-t-il répété, «Assad doit partir», car aucun problème ne sera résolu «tant qu’il reste au pouvoir». Le président syrien, lui, a réitéré récemment sa vision des choses: tous les groupes de l’opposition sont des «terroristes». Il jouit du «soutien populaire» pour récupérer «chaque pouce du territoire syrien», et seul les urnes peuvent décider de son sort. Compte tenu de ce fossé immense entre les parties, les yeux sont tournés vers les puissances régionales et internationales qui décident réellement de l’issue du conflit. Le rapprochement entre Moscou et Ankara a de ce point de vue «changé la donne», selon M. de Mistura, qui estime qu’il faut «soutenir la realpolitik lorsqu’elle va dans le bon sens». «La Russie a intérêt à sortir de ce conflit sans fin, alors que l’Iran est dans un soutien aveugle à Bachar», estime de son côté une source diplomatique française, Paris étant résolument hostile au président syrien. Mais la grande inconnue reste le positionnement américain sur le volet politique du dossier syrien. Donald Trump, qui a demandé au Pentagone de nouveaux plans pour lutter contre les djihadistes de l’Etat islamique (EI) d’ici fin février, n’a jusqu’à présent pas donné de signes sur l’implication américaine dans les efforts diplomatiques pour résoudre un conflit qui a fait plus de 310 000 morts et des millions de réfugiés. «Nous serons très égoïstes concernant la protection et la promotion de nos intérêts», a simplement prévenu à Munich l’envoyé spécial américain de la coalition antijihadiste, Brett Mc Gurk, rappelant que la priorité numéro 1 de Washington était de «détruire Daech». «Que Dieu vienne en aide aux Syriens s’il faut attendre que Donald Trump donne une solution!», s’est exclamé, à ses côtés, le chef de l’ONG Human Rights Watch, Kenneth Roth.