L’armée turque a « neutralisé » hier lundi une trentaine de soldats syriens lundi dans la région d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, lors d’opérations de représailles lancées après la mort de quatre soldats turcs dans des bombardements. Neuf soldats turcs ont également été blessés, dont un grièvement, selon le ministère turc de la Défense. Les forces turques ont répliqué immédiatement et « neutralisé » 30 à 35 Syriens, a annoncé le président turc Recep Tayyip Erdogan.« Nous avons riposté à ces attaques et nous continuerons à le faire, que ce soit avec notre artillerie ou nos mortiers », a déclaré hier le chef de l’Etat à des journalistes à Istanbul.
Idlib est le dernier bastion des forces hostiles au régime de Damas, qui a récemment gagné du terrain dans la province avec le soutien de l’aviation russe. En retour, la Turquie a averti vendredi qu’elle pourrait lancer une opération militaire et a envoyé des renforts au cours du week-end.
Recep Tayyip Erdogan accuse la Russie de violer les accords de « désescalade » conclus en 2017 entre Moscou et Ankara dans la région. En vertu de ces accords, la Turquie a installé 12 postes d’observation dans la province d’Idlib mais plusieurs d’entre eux sont désormais encerclés par les forces syriennes. « A partir de maintenant, le régime syrien est une cible pour nous dans la région. Nous attendons de la Russie qu’elle cesse de le protéger », a déclaré à la chaîne CNN Turk le porte-parole de l’AKP, le parti au pouvoir, Omer Celik. Selon le ministère turc de la Défense, l’armée syrienne a bombardé des forces turques envoyées en renfort dans le secteur de Sarakeb, à une quinzaine de km de la ville d’Idlib. « A la suite des développements des dernières semaines à Idlib, un important renfort en troupes, équipements et véhicules avait été fourni à la région au cours du week-end », a précisé un responsable des services de sécurité turcs.
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une ONG basée au Royaume-Uni, quelque 320 camions et véhicules militaires turcs sont entrés dimanche dans la province par le point de passage de Kafr Lusin.La Turquie, qui abrite déjà quelque 3,6 millions de réfugiés syriens, redoute un nouvel afflux de migrants en provenance d’Idlib. Pour les observateurs du théâtre syrien, les combats entre soldats turcs et forces loyalistes représentent l’incident le plus grave entre Damas et Ankara depuis l’intervention de la Turquie dans le conflit syrien en 2016 pour combattre le groupe Etat islamique (EI) et contrer l’avancée des forces kurdes près de sa frontière. Les confrontations directes meurtrières entre la Turquie, qui soutient des rebelles syriens, et les forces de Damas ont été très rares depuis le début de la guerre en 2011.
« Demander des comptes »
« Nous allons continuer de demander des comptes », a averti le président turc qui a demandé par ailleurs à la Russie de ne pas « entraver » la riposte turque. Le ministère turc de la Défense a précisé que les militaires visés avaient été envoyés à Idleb pour renforcer des postes d’observation turcs se trouvant dans cette région. Le porte-parole du parti de M. Erdogan, l’AKP, a estimé que le régime syrien avait attaqué les soldats turcs car il se sentait « protégé par le parapluie russe ». Le ministère russe de la Défense a affirmé pour sa part que « le groupe de soldats turcs effectuait des déplacements dans la zone de désescalade d’Idleb (…) sans en avoir averti la Russie ». La moitié de la province d’Idleb mais aussi des territoires adjacents dans celles d’Alep, Hama et Lattaquié, sont dominés par les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham, ex-branche d’Al-Qaïda. La région abrite aussi d’autres groupuscules djihadistes et des rebelles anti-régime affaiblis. Fort du soutien de Moscou mais aussi de l’Iran, le régime syrien a enchaîné ces deux dernières années les victoires contre les rebelles et les djihadistes et contrôle désormais plus de 70% du territoire national, selon l’OSDH. Depuis début décembre, plus de 388.000 personnes ont été déplacées par les frappes aériennes et les combats, selon l’ONU. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a appelé samedi à cesser « immédiatement » les hostilités dans le nord-ouest de la Syrie, en se disant « profondément préoccupé » par l’escalade militaire.