Les déclarations sur la Syrie continuent et se multiplient. Toutes n’indiquent pas un règlement rapide et montrent plutôt que les théâtres de guerre dans ce pays risquent d’être davantage envenimés. Mardi dernier, l’Arabie saoudite a réaffirmé sa disposition à envoyer des troupes, « avec d’autres pays », afin d’y stabiliser la situation.

« Nous sommes en discussion avec les Etats-Unis et l’avons été depuis le début de la crise syrienne » en 2011, a dit le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir lors d’une conférence de presse conjointe avec le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres à Ryad. « Nous avions fait une proposition à l’administration Obama (qui stipulait) que si les Etats-Unis envoyaient des forces (…), alors l’Arabie saoudite envisagerait, avec d’autres pays, d’envoyer des forces dans le cadre de ce contingent », a-t-il dit.
«Ce n’est pas une idée nouvelle», a insisté M. Jubeir en réponse à une question sur des informations du Wall Street Journal selon lesquelles Washington chercherait à monter un contingent de troupes arabes pour stabiliser la Syrie. M. Guterres, qui a également rencontré le roi Salmane mardi, a souligné la nécessité d’une solution politique de la crise syrienne, sans ingérence étrangère. Il ne sera certainement jamais entendu dans un conflit qui dépasse désormais le seul cadre syrien pour s’étendre aux puissances régionales et internationales et pourrait servir de terrain de négociation d’autres dossiers tels que le nucléaire iranien : les Etats-Unis, qui estiment que l’essentiel du pouvoir à Damas est entre les mains des Iraniens, pourraient jouer la carte de l’abandon de l’accord sur le nucléaire civil iranien pour tenter de faire pression sur Téhéran et l’inciter à lâcher le régime de Bachar al-Assad…. D’ici à ce que cette hypothèse lancée depuis des semaines par les experts du dossier syrien, les Etats-Unis relancent la menace de Daech. Le Pentagone a déclaré mardi dernier «constater une résurgence» du groupe djihadiste Etat islamique (EI) dans des régions de la Syrie contrôlées par le régime de Bachar al-Assad. Selon le colonel Ryan Dillon, porte-parole de la coalition internationale antidjihadistes en Syrie et en Irak, le régime Assad et la Russie –son allié politique et militaire– n’ont parfois pas été en mesure de conserver le terrain repris à l’EI. «Lorsque l’on observe l’EI dans des zones où nous ne sommes pas présents, où nous n’appuyons pas nos partenaires sur le terrain, il y a des éléments de l’EI qui ont été capables de revenir et de prendre des territoires (y compris dans) certains quartiers du sud de Damas», a expliqué M. Dillon. «Nous avons assisté à un début de résurgence de l’EI dans des zones à l’est de la rivière Euphrate», a-t-il relevé.

A nouveau la menace Daech
L’armée américaine surveille de près le groupe Etat islamique en Syrie et en Irak, où les djihadistes ont perdu 98% des territoires qu’ils étaient parvenus à conquérir, selon le Pentagone. Mais les progrès ont cessé ces dernières semaines dans les régions où la coalition internationale lutte contre l’EI par l’intermédiaire des Forces démocratiques syriennes (FDS), à cause d’opérations de l’armée turque dans le Nord. Ankara a lancé en juin une offensive sanglante autour d’Afrine pour chasser les combattants kurdes de la ville. Nombre de Kurdes qui étaient mobilisés contre l’EI ont décidé d’aller plutôt soutenir les leurs à Afrine. Le colonel Dillon a indiqué qu’aucune progression marquante n’avait été enregistrée contre l’EI depuis que les membres kurdes des FDS étaient partis. Au plan onusien, la Russie a critiqué plus ou moins directement le projet de résolution occidental sur la Syrie proposé depuis samedi dernier, sans indication sur sa position finale, alors que la France évoquait de «premières discussions constructives». Pour l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, cette initiative est «prématurée».
La veille, Moscou, qui a recouru depuis 2011 à 12 vetos à l’ONU, avait laissé entendre être disposé à l’étudier. Lors d’une réunion du Conseil de sécurité sur la situation humanitaire en Syrie, le diplomate russe a dénoncé à nouveau les raids aériens samedi des Etats-Unis, de la France et du Royaume Uni. «Vous devez reconstruire ce que vous avez détruit», a lancé Vassily Nebenzia. «L’idée de créer un mécanisme d’enquête sur les armes chimiques a perdu de son sens alors que Washington et ses alliés ont déjà désigné les coupables». «Un tel système n’a pas fonctionné dans le passé, il ne fonctionnera pas à l’avenir», a-t-il asséné.  L’entourage du chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a indiqué mardi que la France «espérait convaincre la Russie» sur son texte. «La Russie peut à un moment avoir un intérêt à travailler avec nous pour que la crise reste circonscrite et qu’on en sorte», a-t-on précisé de même source. Le projet de résolution réclame aussi l’application stricte d’un cessez-le-feu et «un accès humanitaire sans restriction» dans tout le pays. «Notre projet de résolution vise à obtenir des progrès essentiels en matière humanitaire», a martelé François Delattre ambassadeur français aux Nations unies. Le texte prévoit aussi la relance des négociations de paix à Genève, actuellement dans l’impasse.
«Il est difficile d’imaginer qu’après tout ce qui s’est passé, les autorités syriennes aient un quelconque enthousiasme à discuter d’une solution politique dans leur pays à la demande de la troïka occidentale», a relevé Vassily Nebenzia. «Si l’objectif est de forcer le président syrien, sous un déluge de bombes, à s’asseoir à la table des négociations… cet objectif est tout simplement irréaliste», a affirmé le diplomate russe.