Le pouvoir syrien a accusé des groupes «terroristes» d’avoir mené une attaque chimique dans la ville d’Alep, un drame qui a provoqué une centaine de cas de suffocation.

L’agence officielle Sana a fait état de «107 cas de suffocation». L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a fait état de 94 cas de suffocation. Le chef de la police d’Alep, cité par Sana, a accusé «les groupes terroristes» d’avoir utilisé «des roquettes contenant des gaz toxique». Des médias d’Etat syriens et une ONG ont rapporté qu’une centaine de Syriens avaient été hospitalisés pour des difficultés respiratoires à Alep après avoir inhalé des «gaz toxiques».
A Moscou, le ministère de la Défense russe a évoqué des «explosifs contenant apparemment du chlore». Samedi soir des «groupes terroristes», se trouvant dans la zone tampon d’Idleb (nord-ouest) contrôlée par «Hayat Tahrir al-Sham», ont tiré à l’aide de lance-grenades des «explosifs contenant apparemment du chlore», a déclaré le porte-parole du ministère de la Défense Igor citant une source militaire russe sur place. «Selon des informations préliminaires, confirmées par les symptômes d’empoisonnement présentés par les victimes, les obus tirés sur les quartiers résidentiels d’Alep contenaient du chlore», a déclaré M. Konachenkov, cité par les médias russes à l’issue d’un point de presse. Des chimistes militaires russes sont arrivés dans cette région pour porter assistance aux victimes et évaluer la situation, a-t-il ajouté. Selon lui, 46 personnes, dont huit enfants, ont souffert d’exposition aux produits chimiques et ont été hospitalisées.
Raids russes, accusation d’un groupe d’opposition, silence des djihadistes
En réponse à cette attaque considérée par les groupes d’opposition comme un «prétexte», «des frappes ont été menées par des avions de l’armée russe» contre des positions de «terroristes». Selon le ministère de la Défense russe, «toutes les cibles ont été détruites».
Ces raids, les premiers en plus de deux mois, ont visé des territoires contrôlés par les djihadistes et les rebelles près de la ville d’Alep, selon l’OSDH. Depuis fin 2016, Alep est sous contrôle du régime. Mais des secteurs à la périphérie ouest de la ville sont tenus par des groupes rebelles et djihadistes. Le Front national de libération, l’alliance rebelle la plus importante présente dans les provinces d’Alep et d’Idleb, a démenti toute implication dans l’attaque. «Nous démentons les allégations mensongères du régime sur une attaque contre Alep qui aurait été menée par les révolutionnaires (…) à l’aide de projectiles contenant du gaz de chlore», a indiqué dans un communiqué le porte-parole de la coalition Naji Moustapha. «Seul le régime criminel et son gang possèdent (ces armes) et les utilisent en Syrie», selon lui.
Toutefois, les groupes djihadistes présents dans le secteur, dont l’organisation Hayat Tahrir al-Cham et le groupuscule Houras al-Din, liés à Al-Qaïda, n’ont pas réagi.
En 2016, une commission d’enquête de l’ONU et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques affirmait que des hélicoptères militaires syriens avaient répandu du gaz de chlore sur au moins deux localités d’Idleb, à Talmenes en 2014 et Sarmine 2015. Cette commission avait aussi accusé des djihadistes -le groupe Etat islamique- d’avoir utilisé en 2015 du gaz moutarde à Marea dans la province d’Alep.
Sur l’attaque de samedi à Alep, le négociateur en chef de l’opposition syrienne en exil, Nasr al-Hariri, a accusé le régime Assad de fabriquer «un prétexte afin de lancer une opération militaire dans le nord syrien». Car Idleb a échappé de justesse à une offensive du régime, grâce à l’accord pour une «zone démilitarisée».
Cette zone démilitarisée devait être mise en place en octobre après un «retrait du secteur des djihadistes qui au final sont restés sur place. Des escarmouches y opposent régulièrement armée aux rebelles et djihadistes.