Partie de billard à trois ! D’un côté le ministère de la Santé publique qui s’est engagé à respecter et à défendre les propositions des syndicats pour la révision des statuts particuliers des professions du secteur – une dizaine de corps -, au milieu les partenaires sociaux qui estiment que leurs revendications « légitimes » ont trop attendu, et de l’autre côté une Fonction publique en situation de « réserve » par rapport à la mouture qu’elle recevra officiellement dans près de trois jours.

Par Sihem Bounabi
Plus que quelques jours pour soumettre la mouture finale de la révision des statuts particuliers d’une dizaine de corps de la santé publique à la Fonction publique. Une présentation qui augure d’«un bras de fer» entre le ministère de la Santé – qui s’est engagé à faire respecter les propositions des syndicats – et la Fonction publique qui a émis des réserves.
En effet, après avoir envoyé une première copie des statuts comportant les réserves de la Fonction publique aux syndicats concernés pour une dernière révision, la plupart de ces derniers ont dénoncé ces réserves et insisté sur la prise en considération de leurs propositions. Après dialogue et négociation avec le ministère de la Santé lors des réunions de concertation avec les différents syndicats et partenaires sociaux, la majorité des propositions a été validée par le ministre de la Santé qui s’est engagé à les faire respecter. Le dernier round de négociation avec la Fonction publique s’annonce chaud.
Youcef Boudjellal, président du Syndicat national des biologistes de la santé publique, confie à ce propos qu’«il y a un risque fort en ce moment d’un bras de fer entre la Fonction publique et le ministère de la Santé». Et pour cause, «la plupart des propositions des syndicats des différentes corporations du secteur de la santé, après négociations, ont été validées par le ministère de la Santé. Mais là où le bât blesse, c’est que la plupart de ces propositions ont été refusées par la Fonction publique en émettant des réserves.»
A ce propos, Youcef Boudjellal se demande si la «Fonction publique connaît les besoins et les exigences du système de la santé mieux que le ministère de la Santé lui-même ? Est-ce que la Fonction publique considère que cette révision des statuts n’est que de la poudre aux yeux ?» Notre interlocuteur affirme que «dans le cas où la mouture de la révision des statuts particuliers, adoptée par le ministère de la Santé selon les propositions des syndicats de la santé, est à nouveau refusée par la Fonction publique, il est évident que nous allons refuser de la cautionner, ce qui va inéluctablement mener à des actions qui iront crescendo pour la rejeter».
Le président du Syndicat national des biologistes de la santé publique affirme que son organisation sera «intransigeante» sur la «revendication majeure» des biologistes, à savoir la reconnaissance statutaire du DEA (diplôme d’études appliqués) : «On a demandé la régularisation de cette catégorie d’employés dans le système de santé. Une revendication que le ministère de la Santé a acceptée, mais, chose incompréhensible, la Fonction publique l’a refusée ; ce qui n’est pas normal !» Il a martelé à ce sujet : «On insiste sur la régularisation des DEA et il est hors de question d’accepter des solutions intermédiaires. Ce problème doit être absolument réglé par la Fonction publique.»
Il tient aussi à préciser en ce qui concerne la légitimité des revendications du Syndicat des biologistes que «les propositions faites par notre syndicat l’ont été par une commissions mixte composée de syndicalistes mais également de différents experts du domaine, à l’instar de biologistes de grade supérieur et des juristes spécialistes du droit du travail», exprimant à nouveau l’incompréhension des syndicats face aux réticences de la Fonction publique.
«On a des accords de principe avec le ministère de la Santé, on ne comprend pas les réserves de la Fonction publique qui sont de véritables obstacles à une révision en profondeur des statuts particuliers sans aucune justification réglementaire», a-t-il ajouté. Pour le syndicaliste, «cela démontre que la Fonction publique ne maîtrise pas les besoins du secteur de la santé publique, sachant que c’est un secteur qui a ses spécificités par rapport aux autres secteurs». Le syndicaliste remet ainsi sur la table l’une des revendications récurrentes des syndicats qui est «la création d’une fonction publique hospitalière comme cela se fait dans la majorité des autres pays».
Pour rappel, le ministre de la Santé avait déclaré samedi dernier depuis Annaba que le statut particulier des travailleurs du secteur sera remis dans moins de dix jours à la Fonction publique. Depuis le 8 novembre, le ministère a relancé le dialogue et initié une série de rencontres avec ses partenaires sociaux pour débattre des leur revendications et de la révision de leur statut. Le ministère a déjà reçu en audience le Syndicat national des enseignants-chercheurs hospitalo-universitaires (Snechu), le Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo), la Fédération nationale des travailleurs de la santé (FNTS) affiliée à l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), le Syndicat national des sage-femmes, le Syndicat national des médecins généralistes de la santé publique (SNMG/SP), le Syndicat national algérien des psychologues (Snapsy), le Syndicat algérien des paramédicaux.
A l’occasion de la rencontre avec le syndicat des médecins généralistes (SNMG /SP), le ministre Abdelhak Saïhi s’était engagé à répondre à l’une des principales revendications des médecins généralistes qui est d’inscrire dans le statut particulier de ce corps de nouveaux grades et postes, à l’instar de celui du médecin référent et de la spécialisation, à l’exemple des médecins urgentistes. L’élaboration d’une nomenclature des missions des sage-femmes afin de spécifier statutairement le rôle et les champs d’intervention de la sage-femme est un autre point sur lequel s’est engagé le ministre de la Santé auprès du Syndicat national des sage-femmes. L’amélioration des rétributions et l’organisation du travail des hospitalo-universitaires ainsi que la nécessité de revoir le régime indemnitaire de ce corps étaient au centre des négociations entre le ministère de la Santé et le Snechu pour la révision du statut particulier de ce corps.
L’hygiène hospitalière sera aussi sur la table des négociations avec la Fonction publique avec la création d’un corps à part entière intégré dans le secteur et de facto un statut particulier est élaboré et sera présenté à la Fonction publique.
En attendant, le dernier round dans moins de dix jours, le ministère de la Santé poursuit dans un sprint final les rencontres avec ses partenaires sociaux dans une démarche d’apaisement des tensions et une véritable volonté de changement en profondeur des statuts particuliers dans l’objectif d’une réelle amélioration des conditions socioprofessionnelles des travailleurs du secteur de la santé publique. <