Si l’annonce de la révision à la baisse de la moyenne requise pour l’obtention du baccalauréat 2020 a suscité de vifs commentaires sur les réseaux sociaux hier, cette décision n’a pas moins suscité l’indignation générale des syndicats du secteur, y compris des parents d’élèves qui ont regretté une session au rabais.
Le ministre de l’Education nationale Mohamed Ouadjaout a annoncé en effet, hier, que le gouvernement a fixé la moyenne minimale d’admission au Baccalauréat à 9/20. Une décision que qualifie le partenaire social de M. Ouadjaout «d’étrange, déconcertante et surprenante».
Sur un ton pessimiste, le syndicaliste Nabil Ferguenis déplore une décision «unilatérale», prise sans l’association du partenaire social. Pour ce syndicaliste, «c’est une mascarade dans le secteur de l’éducation». Il s’agit à ses yeux d’une «démarche populiste» et d’une décision «improvisée» visant «l’achat de la paix sociale». Nabil Ferguenis rappelle que l’Université algérienne, qui fait déjà face à de «multiples difficultés», dont le déficit en places pédagogiques, sera incapable de contenir un «effectif estudiantin de plus en plus croissant». Ce dernier prévoit que le pays va assister inéluctablement au recul de ses établissements du supérieur dans le classement des meilleures universités du monde.
Pour Ali Benzina, président de l’Organisation nationale des parents d’élèves, cette décision ne manquera pas de pénaliser les nouveaux bacheliers. Pour ce dernier, il est inadmissible de fixer la moyenne d’admission à 09/20 en raison des conditions sanitaires exceptionnelles ayant marqué le déroulement de l’année scolaire et les examens nationaux. «On salue les efforts de la tutelle qui a pour seule préoccupation d’accompagner les élèves fortement impactés par l’épidémie de coronavirus, mais je ne pense pas que la réduction de la moyenne d’admission au bac servira nos enfants», dira M. Benzina. «Après l’euphorie, les nouveaux bacheliers se heurteront à des obstacles qu’ils ne découvriront qu’à l’amorce du processus de pré-inscriptions», alerte encore notre interlocuteur. Ce dernier s’interroge entre autres si le département de Abdelbaki Benziane a prévu l’ouverture de nouvelles spécialités pour les bacheliers qui ont obtenu une moyenne de 9/20. «Je me demande comment le ministère de l’Enseignement supérieur va accompagner les futurs étudiants de première année ?». Ce qui est sûr, a-t-il encore estimé, est que cette décision portera un «nouveau coup» à la crédibilité et la valeur de l’examen du baccalauréat et «impactera négativement les établissements du supérieur, dont le niveau est en baisse alarmante», soutient encore le président de l’ONPE.
Même son de cloche chez l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef) qui se dit «sidéré» par cette décision. Son porte-parole Abdelouahab Lamri Zegar prévoit ainsi un taux de réussite «conséquent» de la session Bac 2020. Revoir à la baisse la moyenne d’admission ne sera pas, selon lui, «sans conséquence» sur les établissements du supérieur qui souffrent du manque de places pédagogiques. «La réduction de la moyenne d’admission touche à la crédibilité de cet examen et accentuera inéluctablement le problème de déficit de places pédagogiques des universités». Ce dernier endosse aux autorités compétentes de vouloir faire des universités un «dépôt humain», et reproche à la tutelle de ne pas consulter son partenaire social sur cette question. «La tutelle qui a pris des décisions unilatérales n’a qu’à assumer ses responsabilités», soutient notre interlocuteur.
Pour rappel, le ministre de l’Enseignement supérieur a fait savoir, auparavant, que cette rentrée universitaire sera marquée par de nouvelles dispositions en faveur des étudiants. Il a annoncé que la liste des choix de spécialistes sera allongée de 6 à 10 pour les nouveaux bacheliers et l’introduction de nouvelles spécialités.<