Un nouveau vent souffle sur les relations entre les syndicats autonomes et le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale. On est bien loin de l’ère pré-Hirak et de l’autoritarisme étouffant exercé par la tutelle sur le partenaire social. Ce dernier est aujourd’hui constamment invité à aller s’asseoir autour de la table du dialogue et à faire valoir les droits des travailleurs.
Pour nouvelle preuve de ce changement de configuration, la sortie, il y a une semaine, du ministre Tidjani Hassen Heddam à Médéa, d’où il a réitéré son appel au dialogue déjà lancé aux syndicats autonomes.
« La législation algérienne garantit le droit syndical et veille à préserver ce droit et à accompagner et à prendre en charge les revendications exprimées par les organisations syndicales », a-t-il rappelé. Ce qui ne semble pas suffire pour attirer les destinataires de cette invitation, regroupés autour de la Confédération de syndicats algériens (CSA) à la table du dialogue. Ces derniers doutent de la bonne foi de la tutelle et n’avaient pas hésité à manifester ce sentiment en refusant, en juin, de prendre part à une journée d’étude sur les libertés de l’exercice syndical, avec le département de Heddam.
En termes de législation et de droit à l’exercice syndical, « le ministre du Travail ne nous apprend rien », réplique Abdelouahab Lamri Zegar, porte-parole de l’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (Unpef). « Théoriquement, l’exercice syndical est un droit que garantit la Constitution, mais qui est bafoué sur le terrain », dénonce-t-il aussi, regrettant qu’à
« chaque action de protestation syndicale, la tutelle déclare l’illégitimité de notre action ».
Sur un autre volet, le porte-parole de l’Unpef rappelle les positions de la CSA, qui a « adhéré pleinement au mouvement populaire enclenché le 22 février et adopté toutes ses revendications». Pour ces raisons, la Confédération des syndicats autonomes refuse de se concerter avec le gouvernement en place et ses représentants. « En tant que société civile, on ne peut qu’être au diapason des démarches du peuple et ses aspirations», renchérit M. Zegar. Autrement dit, il ne pourrait y avoir de dialogue avec un gouvernement contesté.
De son côté, le coordinateur de la CSA, Lyes Merabet, fera remarquer qu’aucune partie ne pourra fuir le dialogue et la concertation. Cette option est l’unique moyen qui puisse faire dégager « une solution à la crise actuelle que traverse le pays », explique-t-il, jugeant qu’après cinq mois de mouvement populaire, il est « nécessaire de s’installer dans la logique de dialogue pour décider ensuite des voies à suivre afin d’écarter toutes les figures du système en place, ses pratiques, mais aussi de stabiliser et institutionnaliser la démocratie naissante ». Pour M. Merabet, les acteurs politiques et associatifs, comme tous les citoyens,
« doivent apprendre des expériences d’autres pays qui sont passés par une phase de transition démocratique afin de réussir le passage à un nouveau système de gouvernance ». « Les expériences d’autres contrées nous mettent devant deux scénarios », ajoutera le coordinateur de la CSA, citant le scénario des présidentielles, processus avorté en Algérie suite à la pression populaire, et celui d’une assemblée constituante qui aura pour mission d’élaborer un projet de société que le peuple cherche. « La tâche, en tous les cas, n’est pas aisée. Elle est ardue et compliquée », reconnaîtra-t-il toutefois. Ce n’est qu’à travers un dialogue inclusif et serein, insiste notre interlocuteur qu’on décidera quelle voie suivre. « Une Constituante pour un nouveau projet de société ou une présidentielle, qui nous ramènera un nouveau président qui engagera par la suite de profondes réformes en mesure des attentes du peuple », explique-t-il encore, tout en appelant à « tenir compte des conditions économiques du pays et de la solution qui leur sied ».