Brandissant la menace de grève dans les juridictions, le Syndicat national des magistrats (SNM) ne compte pas passer à l’action de sitôt, préférant mettre les autorités devant leurs responsabilités et desquelles est attendue une réaction, a expliqué, le président de cette organisation syndicale, Issad Mabrouk.

«En principe, notre action pourrait avoir lieu vers le mois de mars après maturation, d’un côté, de ce qu’il faudrait entreprendre, et de l’autre, après avoir observé si la tutelle réagit à notre préavis de contestation», a déclaré, hier à Reporters, Issad Mabrouk, président du SNM.
Ce dernier a relevé qu’il s’agit d’accorder du temps aussi bien au ministère de la Justice qu’à la présidence de la République, pour apporter des réponses adéquates aux doléances formulées par le syndicat qui a rendu publique avant-hier sa plateforme de revendications.
M. Mabrouk a expliqué que le point relatif au fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) «relève des prérogatives constitutionnelles du premier magistrat du pays» et dépasse celui du département de Belkacem Zeghmati.
En plus de ce point, Issad Mabrouk a mis en évidence l’autre point auquel le SNM tient fortement, à savoir celui du texte organique régissant la carrière professionnelle des magistrats et qui n’est pas du goût du syndicat.
A la question de savoir comment se prépare le SNM pour ce nouveau débrayage, son président n’écarte pas la possibilité de reconduire le mode opératoire privilégié lors de la grève de l’automne 2019 et qui avait marqué le secteur de la Justice pendant une dizaine de jours.
«La décision peut être prise à l’occasion du meeting que nous allons organiser prochainement à Constantine, mais il n’est pas écarté que notre action soit plus musclée que celle d’octobre 2019. Les choses vont s’éclaircir dans les semaines à venir. Il faudrait cependant noter que l’ensemble des engagements de la tutelle n’ont pas été tenus. D’où notre retour à la contestation», ajoute M. Issad.
Le SNM a-t-il été approché par les autorités depuis son préavis de protestation en vue d’ouvrir un dialogue qui éviterait le scénario de la paralysie des cours et tribunaux ? M. Issad affirme qu’«il n’y a pas eu de touches dans ce sens», avouant cependant l’existence «de contacts préliminaires, sans plus». Mais à entendre, le chef du SNM, les portes du dialogue sont loin d’être fermées «pourvu qu’il y ait une volonté de répondre favorablement aux préoccupations de la profession», dit-il.
Sur le plan socioprofessionnel, le syndicat reproche à la tutelle une «dégradation de la situation» et «la non-concrétisation des engagements de la tutelle», réclamant du ministère «de gestes et actes de nature à soustraire la corporation des juges aux turbulences épisodiques» que traverse le secteur. Dans l’accomplissement du travail des magistrats, le SNM a critiqué ce qu’il présente comme «un traitement à deux vitesses» des affaires des juridictions compétentes avec «célérité étonnante» pour certains cas et «une mollesse mortifère» dans d’autres.
Sur ce point, le SNM désigne la responsabilité de la Cour suprême et celle du Conseil d’Etat. Mais le SNM n’attend pas moins, selon Issad Mabrouk, une réaction du président concernant «le fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature».