La Journée mondiale du livre et des droits d’auteur a été célébrée, lundi passé, par le Syndicat national des éditeurs du livre (Snel) au siège de l’Union des écrivains algériens, en invitant l’ancien Directeur général de l’Office national des droits d’auteur et droits voisins (Onda), Hakim Taousar, à présenter une communication sur l’évolution du soutien de l’Etat à l’édition du livre en Algérie depuis 1999 à ce jour.

A l’occasion de cette journée consacrée par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) depuis le 23 avril 1995, Hakim Taousar a expliqué que le choix de la date du 23 avril pour la consécration mondiale du livre et des droits d’auteur est qu’elle correspond à la date du décès de trois grandes personnalités de la culture universelle, en l’occurrence Miguel de Cervantès, William Shakspeare et Inca Garcilaso de la Vega.
Lors de son intervention, Hakim Taousar a dressé un état des lieux de la situation de l’édition du livre en Algérie, qui a connu depuis l’année 2003, à l’occasion de la manifestation de « L’année de l’Algérie en France », « un saut qualitatif considérable ». Ainsi, des programmes spéciaux initiés par son excellence le Président de la République ont été financés par le biais du fonds d’affectation spécial « Fonds des développement des arts et des lettres» (FDAL) en 2008, 2009 et 2010. Il précise à ce sujet que « ces programmes ont vu le soutien à l’édition de 1 334 titres avec un budget consacré de 5 067 562 500 DA. L’ancien directeur de l’ONDA explique, par ailleurs, que différentes manifestations organisées par l’Algérie ont été l’occasion d’éditer ou de rééditer d’innombrables titres afin de doter les infrastructures dédiées au livre à travers le territoire national d’un fonds de livres destiné à la lecture publique. Ainsi, lors de la manifestation « Constantine, capitale de la culture arabe », en 2007, a vu l’édition de « 1 200 titres tirés à 1 500 exemplaires par titre soit 1 800 000 exemplaires avec un budget consacré de 1 363 000 000 DA », précise-t-il

Bilan chiffré des publications soutenues par l’Etat
Le conférencier énumère d’autres chiffres en ajout lors de la manifestation «Festival culturel africain » de 2009 où il a été procédé à l’édition de « 263 titres relatifs à la littérature africaine avec un tirage de 1 500 exemplaires par titre, soit 1 519 000 exemplaires avec un budget alloué de 1 709 437.500 DA ». De même, la manifestation «Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011» a vu l’édition de 450 titres avec un tirage de « 1 500 exemplaires par titre soit
675 000 exemplaires avec un budget consacré de 759 375 000 DA » La célébration du 50e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, en 2012, a permis l’édition de « 800 titres relatifs à des thèmes historiques avec un tirage de 1 500 exemplaires soit 1 200 000 exemplaires avec un budget alloué de 1 350 000 000 DA ». Quant à la célébration de la manifestation «Constantine, capitale de la culture arabe 2015 », il a été procédé à l’édition «de 300 titres avec un tirage de 1 500 exemplaires soit un tirage de 450 000 exemplaires avec un budget alloué de 506  000 DA ».
Hakim Taousar mettra en exergue, dans sa conférence, qu’à côté de ce programme du secteur de la Culture, le secteur des Moudjahidine, par le biais du Centre national de recherches historiques et de la Révolution du 1er Novembre 1954, engage tout un programme d’édition de livres en rapport avec les festivités de commémoration des dates historiques de l’Algérie combattante.
Au cours de ces manifestations, il a été procédé à l’édition de « 1 000 titres sur l’histoire de la résistance et du mouvement pour l’indépendance et la guerre de Libération nationale avec un budget global consacré de 500 000 000 DA », affirme-t-il. Ces ouvrages ont fait l’objet d’affectation vers les bibliothèques de lecture publique à travers le territoire national. Soixante-dix pour cent (70%) du fonds documentaire de ces bibliothèques sont constitués des ouvrages qui ont été édités à l’occasion de ces manifestations ou avec les programmes spéciaux.
Concernant les droits d’auteurs et droits voisins, le conférencier a indiqué que le plus grand défi qui attend l’Algérie dans ce domaine est « le renforcement de la protection de ces droits à travers les nouvelles technologies de l’information et de la communication où la contrefaçon s’est développée considérablement ». Cette protection passe par la révision de l’Ordonnance 03-05 du 19 juillet 2003 relative aux droits d’auteurs et droits voisins et la mise en place de mécanismes pratiques pour faire cesser ces atteintes. Il passe également par « la restructuration de l’ONDA pour passer à des sociétés spécialisées par type de droits tels que mis en œuvre dans les pays développés », conclut Hakim, Taousar.

Etablir une stratégie d’autofinancement
de l’édition
Lors du débat qui a suivi la conférence, Nazih Benramdane, député, membre de la commission tourisme, communication et culture, a posé la problématique de la distribution de ce volume important d’ouvrages publiés auprès des lecteurs algériens et étrangers en soulignant que « ces ouvrages ont été édités par l’Etat pour les diffuser au niveau de tout le territoire national. Ce n’est pas normal que beaucoup de ces ouvrages continuent à être stockés au fond des placards. Le député confie : « Il y a un mois, nous avons eu une séance de travail avec les ministres de la Culture et de la Communication pour poser toutes ces problématiques et aussi faire des propositions pour impulser un nouveau souffle à la culture algérienne. » Il affirme à ce sujet : « Il est temps que l’on établisse une vraie stratégie pour faire de la culture un véritable levier de développement économique qui s’autofinance. »
Pour sa part, le président du Snel, Ahmed Madi, est revenu sur l’accord de coopération avec le Syndicat des éditeurs égyptiens, en annonçant l’application très prochaine de cette convention, signée au mois de janvier passé, notamment concernant les modalités de coédition pour faciliter la distribution, la traduction ainsi que l’échange d’espaces d’exposition lors des salons internationaux du livre.

Vers le règlement du problème d’exportation des livres

Il ajoute, concernant la problématique de l’exportation du livre en Algérie, que les lois et les outils juridiques existent, mais il manque plus leur application sur le terrain. C’est dans cette optique que des démarches administratives ont été entreprises par le Snel avec des correspondances au ministère du Commerce qui leur a répondu favorablement et les a orientés vers la direction du Registre du commerce qui a également répondu favorablement grâce à l’article de loi publié dans le Journal Officiel. Ahmed Madi affirme que la procédure suit son cours avec des correspondances qui vont être envoyées au ministère des Finances ainsi qu’aux banques.
Pour conclure la rencontre, le président du Snel convie tous les éditeurs à occuper l’espace que met à leur disposition l’Union des écrivains algériens, en déclarant « Cet espace que met à notre disposition Youcef Chegra est ouvert à tous pour organiser des ventes-dédicaces ou des animations littéraires. Je m’engage auprès de tous les éditeurs pour leur dire que cet espace est le vôtre, soyez les bienvenus. »