A la barre, le malaise ! Le Syndicat national des magistrats revient au-devant la scène pour brandir la menace de renouer avec la contestation comme en 2019. A l’exposé des griefs, le SNM dénonce les mauvaises conditions de travail et les entraves au «travail des juges».

Le Syndicat national des magistrats (SNM) monte une nouvelle fois au créneau après une courte parenthèse d’accalmie dans ses rapports avec la tutelle. Le représentant des magistrats brandit, en effet, la menace de reprendre la protestation si la tutelle ne répondait pas favorablement aux revendications formulées, dont la nature variait, alors que celles déjà posées en 2019 refont surface. Le SNM n’écarte pas un remake de la contestation de l’automne 2019 qui avait défrayé la chronique politico-judiciaire dans le cas où les choses «resteraient en l’état».
Il y a, en effet, dans le communiqué, à valeur de préavis de contestation du SNM, des revendications à cataloguer dans le chapitre du socioprofessionnel, mais il y a aussi des points renvoyant à des dysfonctionnements qui «entravent le travail des juges» dans un contexte particulier. La représentation syndicale des magistrats reproche dans ce sens à la tutelle des conditions de travail peu favorables, évoquant ce qu’elle considère comme un traitement à deux vitesses des dossiers.
Le SNM pointe dans ce registre «une célérité étonnante» dans le traitement de certains dossiers alors que d’autres sont traités dans «une mollesse mortifère», ce qui constitue une «entorse» au principe de l’équité devant la loi, désignant dans ce point précis, «la responsabilité de la Cour suprême et du Conseil d’Etat» qui «exposent le juge à l’invective populaire».
Des reproches qui ne manqueront pas, selon toute vraisemblance, de susciter la réaction des parties évoquées et probablement celle du ministère.
Sur le plan socioprofessionnel, le syndicat met en évidence une «dégradation de la situation», imputée, selon les termes du communiqué, à la non-concrétisation des engagements de la tutelle». Une raison pour le SNM de reformuler son exigence «de gestes et actes de nature à soustraire la corporation des juges aux turbulences épisodiques» que traverse le secteur.
Par ailleurs, le SNM a reproché à la tutelle «les entraves» contre l’exercice du droit syndical, citant également «des pressions contre les juges syndiqués», réclamant le droit de créer «des sections syndicales pour défendre les droits des professionnels».
En attendant de voir qu’elle suite va donner le SNM à son préavis d’action de protestation, il ne fait point de doute qu’entre les deux parties, les prochaines semaines seront plutôt agitées, ce qui n’est pas sans rappeler tous les sujets de discorde entre les magistrats et le ministère de la Justice. Ce sera probablement l’opportunité pour le SNM de remettre sur le tapis l’accord conclu, il y a une plus d’une année, avec la tutelle dans le sillage de la suspension de la grève des magistrats en novembre 2019. Cet accord, faut-il le rappeler, et qui a été mal accueilli par l’opinion publique, n’avait pas manqué de faire réagir le club des magistrats, qui s’est dit à la fois déçu et surpris par le choix du Syndicat national des magistrats (SNM) de reprendre l’activité après dix jours de débrayage et de climat tendu dans les tribunaux et les cours.
Ciblé par les critiques, qui lui reprochaient globalement d’avoir couru derrière des revendications purement matérielles, sans se soucier véritablement de la lancinante question de l’indépendance de la justice, le président du SNM avait réagi en niant l’existence de pressions qu’auraient exercées les autorités publiques contre les magistrats grévistes pour les amener à abandonner leur action. «Nous n’avons jamais subi de pressions ni fait l’objet d’un quelconque chantage de quelque partie que ce soit», a-t-il indiqué en réponse à la thèse selon laquelle «les magistrats auraient monnayé leur mouvement en contrepartie de privilèges inavoués».
Sur le contenu de l’accord, il a soutenu qu’il «n’était pas possible d’avoir un seuil plus haut de résultats compte tenu des circonstances et du climat général qui ont entouré la grève». <