Par Bouzid Chalabi
C’est un nouveau tour de vis dans le commerce extérieur du pays. Le ministère des Finances vient, en effet, d’annoncer la suspension de la domiciliation bancaire pour toutes les opérations d’importations de produits et marchandises destinés à la revente en l’état. Une mesure qui entrera en vigueur à partir du 31 octobre 2021.
Le ministère informe, par ailleurs, dans sa note rendue publique jeudi dernier, que le dispositif vise à ce que les importateurs actifs dans ce secteur se conforment aux dispositions du décret exécutif n°21-94 datant du 9 mars 2021, modifiant et complétant le décret n° 05-458 du 30 novembre 2005 précédemment cité, avant le 31 octobre 2021, et ce sans attendre le délai fixé au 31 décembre 2021. Ainsi le ministre des Finances a demandé aux banques et aux établissements financiers d’appliquer l’instruction interministérielle tenue le 27 juillet dernier relative à la suspension de la domiciliation bancaire pour toutes les opérations d’importation pour la revente en l’état.
Ce faisant, faut-il comprendre qu’à travers cette nouvelle mesure on cherche à freiner les importations de produits finis tous azimuts, après s’être rendu compte que cela puise énormément dans le budget du pays ? Comme aussi on peut envisager que cette mesure a pour but de mettre de l’ordre dans l’activité import/import. Une approche que défend le consultant Omar Berkouk. Ce dernier, approché hier par Reporters, avance pour sa part que «la suspension de la domiciliation bancaire n’a pas pour objectif l’interdiction des importations de produits finis mais leur ralentissement. C’est donc un obstacle non tarifaire qui trouve sa légitimité dans la nécessité de mettre fin aux dérives perpétrées dans ce type d’activité, notamment le phénomène de la surfacturation qui, de surcroît, porte préjudice à l’économie du pays tant il nourrit le circuit de l’informel». Ce dernier estime, par ailleurs, que la décision susmentionnée a été prise «dans un souci de préservation des réserves de change». Cependant, Omar Berkouk s’interroge si cette décision est adéquate dans le contexte économique national ? Arguant dans ce sens : « Dépendant pour sa consommation d’un large éventail de produits finis, l’Algérie va souffrir de pénuries et de hausse des prix des produits finis importés encore disponibles sur le marché local.» En somme, pour Omar Berkouk «à défaut d’idées solides de relance économique, le Gouvernement prend des mesures conservatoires qui montrent le niveau de désarroi dans lequel il se trouve». Et de lâcher enfin : «C’est une gestion à vue des affaires économiques.» Toujours à propos de la nouvelle mesure, le ministère des Finances précise, dans sa note, qu’elle s’applique également aux importateurs qui disposent d’un certificat de conformité en cours de validité et d’extraits de registres commerciaux qui n’ont pas encore fait l’objet de rectifications, conformément au décret exécutif n°21-94 datant du 9 mars 2021, modifiant et complétant le décret n° 05-458 du 30 novembre 2005, fixant les modalités d’exercice des activités d’importation de matières premières, de produits et de marchandises destinés à la revente en l’état. Faut-il rappeler enfin que l’activité d’importation de produits finis et leur revente en l’état a déjà connu une tentative de réformes consistant, à l’époque, en l’instauration prochaine d’un mécanisme de régulation des opérations mais lequel n’a jamais vu le jour laissant ainsi libre cours aux dérives dans cette activité. Aujourd’hui, on peut penser que la suspension de l’importation de produits finis illustre toute la volonté du gouvernement de revoir la stratégie de sa politique de commerce extérieur.