Si les mesures sanitaires mises en place contre la Covid-19 ont, entre autres, consisté en la fermeture de nombreux commerces, toutes branches confondues, le « rester chez soi » imposé aux Algériens depuis déjà deux mois aura parallèlement été une opportunité pour les vendeurs en ligne de booster leurs activités. Celles-ci ont carrément explosé ces dernières semaines grâce au recours massif des citoyens à l’achat sur internet. Une pratique commerciale qui gagne de l’espace sur la toile à travers une floraison de plateformes dédiées, pour s’étendre aux produits de première nécessité dont même les denrées alimentaires pour ceux qui préfèrent appliquer la distanciation sociale jusqu’au bout de sa logique préventive contre un virus qui contamine à grande échelle.
Ce type de transactions ne se limite cependant pas aux seuls achats auprès de fournisseurs locaux, mais concerne aussi des approvisionnements outre-mer. Ceux-ci existaient, certes, depuis longtemps, mais ils ont connu un boom depuis l’arrivée de la pandémie et la fermeture des frontières aux voyageurs. Ils sont de plus en plus nombreux à arriver dans notre pays depuis l’entame des mesures sanitaires, mais surtout en quantités suspectes pour certains de ces produits, estiment les services des Douanes. Et au bout d’un contrôle renforcé sur ces arrivages, ces derniers ont déduit que ces quantités n’étaient pas destinées à un usage personnel, mais à la revente sur le marché national, au détriment des lois commerciales en vigueur. « Nous avons constaté récemment un mouvement inhabituel de colis contenant des produits achetés sur des sites internationaux de vente en ligne, notamment des téléphones portables, ce qui nous a poussé à prendre des mesures de renforcement du contrôle », a déclaré, à ce propos, le Directeur de l’information et de la communication à la DGD, Djamel Brika. Ce sont, en effet, 1 609 colis qui ont été enregistrés récemment pour une période de tout juste 6 jours, dont 703 le 4 mai, 240 le 7 mai et 573 le 9 mai, a détaillé M. Brika, expliquant que ce flux était inhabituel et que d’habitude les colis arrivent en nombre de seulement 15 à 20.
« Ces quantités sont actuellement en stade de vérification et de dédouanement et ne seront libérées que les marchandises achetées pour l’usage personnel et non pas à des fins commerciales », a-t-il assuré. Il précisera que, conformément à la loi en vigueur, la valeur de l’ensemble des colis destinés à une seule personne ne doit pas dépasser le montant de 100 000 dinars avec une tolérance de 50 000 dinars.
Les services de Douanes « recourent également à la vérification de l’historique des opérations précédentes et au fichier des fraudeurs, afin de détecter les personnes qui utilisent l’achat en ligne à des fins commerciales », a-t-il encore expliqué, avant de faire savoir qu’« après la vérification de nos bases de données, nous libérerons les colis destinés à l’usage personnel et qui vont profiter de la franchise, sinon les personnes concernées seront invitées à réexporter leurs marchandises ». En plus de ne pas jouir de la qualité de commerçant, les personnes mises en cause n’hésitent pas à introduire et écouler sur le territoire des produits qui sont exclus de la taxation forfaitaire, à savoir les téléphones mobiles, les produits alimentaires pour la consommation humaine ou animal, les fruits frais, secs ou en conserve, les meubles et leurs parties, les pneumatiques, les effets vestimentaires et accessoires de vêtements, la bijouterie de fantaisie, ainsi que les peignes, barrettes et articles similaires.
« C’est vrai que l’achat en ligne n’est pas un crime, comme répètent certaines personnes, mais pas pour revendre la marchandise arrivée. L’activité commerciale est réglementée et régie par une loi », rappelle l’intervenant, soulignant que l’objectif des mesures de contrôle « n’est pas de pénaliser le citoyen qui veut acheter un portable ou un autre produit pour son utilisation personnelle, mais de faire face à un phénomène de fraude qui se propage ».
Et de relever qu’il s’agit, en fait, « d’un nouveau courant de fraude qui est en train de s’organiser » avec pour but de profiter de la franchise, puisque le bénéficiaire du colis ne paie que les frais de transport et du magasinage, mais aussi des facilitations liées à la crise sanitaire Covid-19 ».
En guise de mode opératoire, les fraudeurs « achètent de grandes quantités et les fractionnent sur plusieurs colis pour les revendre ensuite », note encore M. Brika. « Nous imaginons mal une personne qui achète 20 téléphones portables, pour un usage personnel, en une année et encore moins en un mois », conclut-il. n