Le verdict a été annoncé hier au Tribunal de Bab El Oued. La défense du condamné introduira un appel «dans les prochains jours».

Par NAZIM BRAHIMI
Le verdict a surpris tous les présents au Tribunal de Bab El Oued. Le coordinateur du Mouvement démocratique et social (MDS), Fethi Gheras, a été condamné à 2 ans de prison ferme assortie d’une amende de 200 000 DA. Le collectif d’avocats, abattu à l’annonce de la sentence, a fait part, cependant, de sa «détermination» à poursuivre la bataille.
«Nous allons introduire un appel dans les prochains jours», a informé l’avocat Mostefa Bouchachi, membre du collectif, qui dit que c’est «une décision très sévère qui semble être un message aux militants d’une Algérie libre et démocratique». Formulant le vœu que la décision de la justice «sera abandonnée après l’appel pour annoncer l’innocence de Gheras», l’avocat s’est montré moins enthousiaste «eu égard à ce qui a été constaté durant la séance de jugement de Fethi Gheras qui «n’a commis aucun crime».
Maître Bouchachi a souligné, dans ce sens, que «Fethi en sa qualité de responsable d’un parti politique agréé a émis une opinion de son parti de façon transparente. Il n’a transgressé aucune loi de la République. Il a respecté la Constitution algérienne, qui garantit le droit à l’expression libre dans le respect des conventions internationales que l’Algérie a ratifiées». L’avocat a relevé, par la même occasion, que «quand on entend un tel verdict, on est abattu, mais c’est le prix du combat pour une Algérie libre et démocratique».
Du côté des formations politiques de l’opposition démocratique, le ton est à l’indignation. «Révoltant ! Deux ans de prison ferme pour Fethi Gheras. C’est une grave escalade dans la répression. Il n’ y a pas de mesure d’apaisement…», a dénoncé le porte-parole du Parti socialistes des travailleurs ( PST), Mahmoud Rechidi. Pour sa part, Ramdane Taazibt du Parti des travailleurs ( PT) a considéré que «nous sommes devant un verdict politique», dénonçant «la «judiciarisation de la vie politique qui n’augure rien de bon pour la démocratie et le multipartisme».
Le procès du responsable du MDS s’est tenu, faut-il le rappeler, le 26 décembre dernier après plusieurs reports. M. Ghares est poursuivi pour «atteinte à la personne du président de la République, outrage à corps constitué, diffusion au public de publications pouvant porter atteinte à l’intérêt national, diffusion d’informations pouvant porter atteinte à l’unité nationale, diffusion d’informations pouvant porter atteinte à l’ordre public».
Dans ses réponses aux questions du juge, le leader du MDS a qualifié son procès de «politique», en déclarant que «c’est le coordinateur d’un parti qui est poursuivi», ajoutant avoir «critiqué le règne des années Bouteflika». Sur sa lancée, Ghares a déclaré : «Cela fait 6 mois que je suis en détention provisoire. Suis-je un danger pour le pays ? Je ne vais pas fuir le pays. Je n’ai pas de passeport. Je ne fuirai pas mon pays comme l’ont fait Khaled Nezzar et Chakib Khelil».
Pendant cette période de détention, le collectif de défense de Fethi Ghares a dénoncé la détention «arbitraire» de ce dernier ainsi que l’inaction de la justice dans l’instruction de son dossier. «Fethi Ghares a été placé en détention provisoire le 1er juillet dernier, alors qu’il n’a ni volé ni détourné de l’argent public», se sont indignés les avocats dans leurs plaidoiries. Fethi Ghares se trouve en prison «uniquement pour ses opinions politiques» diffusées à travers les médias et les réseaux sociaux, ont déclaré ses avocats pour qui, «toutes les accusations mentionnées dans le procès-verbal des officiers de la police judiciaire ont été maintenues par le procureur de la République».
Par ailleurs, l’activiste Mahieddine Massoum est sorti hier de la prison d’El Harrach, après avoir été condamné à 8 mois de prison et 100 000 DA d’amende alors qu’il a déjà purgé les huit mois.