En présidant hier la cérémonie de la sortie de trois promotions d’officiers à l’Académie militaire de Cherchell, le chef de l’Etat a clôt une semaine chargée politiquement, où il a été sur plusieurs fronts dans la quête vraisemblablement d’imprégner son rythme à la gestion des affaires de l’Etat.

Chacune de ses sorties de la semaine a été riche en messages à fortes charges politiques et symboliques à travers lesquels le premier magistrat du pays veut s’armer de tous les facteurs de nature à parvenir aux objectifs qu’il s’est fixés depuis son investiture au mois de décembre dernier.
A commencer par la réunion tenue mardi et mercredi dernier avec les partenaires socio-économiques autour du «plan de relance pour bâtir une économie nouvelle» où, en plus d’avoir nommé et situé quelques-unes des contradictions de l’économie nationale, le président Tebboune a fait, sans le dire, l’éloge d’un nouveau deal entre les opérateurs et les managers, ceux exerçant dans le secteur public comme ceux de la sphère privée.
«Nous sommes prisonniers de la rente pétrolière et nous passons notre temps à observer la progression des prix qui montent et qui descendent», a-t-il asséné, dans ce qui semble être une invite à rompre avec cette malédiction de suspendre la vie du pays au prix du marché pétrolier et ses incertitudes.
Devant les partenaires socio-économiques de l’Exécutif, le chef de l’Etat a développé aussi bien sur ce qu’il ne faut plus faire que sur les priorités, voire les urgences, de la situation afin de remettre la machine économique sur rail avec un pari sur l’investissement productif et créateur de postes d’emplois et également sur l’exportation.
M. Tebboune a mis, par la suite, à profit la célébration de la journée du Nouvel an de l’hégire pour se rendre sur le site de la Grande mosquée d’Alger dont il annonça l’inauguration le 1er novembre prochain.
Dans l’enceinte de ce futur espace de culte, le président Tebboune a lancé également des messages à connotation politique en déclarant que «l’inauguration de la Grande mosquée interviendra le 1er Novembre, ce qui sera de bon augure, étant donné que nous sommes des Novembristes». Tout comme il a mis en évidence, la nécessité de mettre en place une instance scientifique de haut rang qui se chargera de l’aspect scientifique de cet édifice dont la construction et le coût financier avaient de tout temps suscité de vifs échanges jusqu’à constituer un sujet à polémique. Il a recommandé dans ce sens de faire appel aux grands instituts de par le monde «pour peu que le référent religieux national puisé de la modération et du juste milieu soit respecté, mais aussi aux contributions internationales du monde musulman, à l’exclusion de celles qui s’opposent à nos orientations».
Après son escale au niveau de la Grande mosquée, la journée de jeudi a été également porteuse d’un geste à très forte dose symbolique puisque marquant une rupture avec un état de fait qui a duré près de 30 ans. Il s’agit de la «libération» des plages de Club-des-Pins, ce lieu de détente et de loisir interdit aux citoyens car réservé, au détour d’une décision signée Ahmed Ouyahia, aux seuls locataires des lieux qui se recrutent parmi les hauts responsables de l’Etat et autres clientèles du pouvoir pendant une trentaine d’années, un privilèges d’Etat «légitimé» notamment par l’impératif sécuritaire des années 90 avant qu’il ne devienne un «acquis» incontestablement mal acquis.
Premier effet de cette décision, ils étaient des milliers à se rendre, depuis samedi, sur le site, pas forcément pour se détendre en ces temps de coronavirus, mais pour vivre cet instant de rupture avec une pratique «ségrégationniste» qui a séparé les Algériens au nom d’une règle qui n’est écrite nulle part. Des témoignages font ainsi état d’un dispositif sécuritaire qui a dû refouler, faute de places au parking, les automobilistes qui continuaient d’arriver, en longue procession, en familles ou entre amis, pour renouer avec un site qui ne leur était plus accessible durant 29 années.
Cette décision ne marque pas moins une satisfaction de l’une des manifestations de la rue, qui a crié depuis le 22 février 2019 son rejet de ces pratiques de détournement des biens publics au profit de quelques privilégies et leurs progénitures. Sur ce terrain, il ne fait point de doute, que le chef de l’Etat a mis fin à une pratique honnie par l’ensemble des Algériens. Reste désormais aux organismes et administrations chargés de la gestion du site d’assurer un encadrement adéquat. Auparavant et à l’occasion de la célébration du double anniversaire du 20 Août (1955 et 1956), le chef de l’Etat a lancé un message pour de nouvelles adhésions à sa feuille de route appelant visiblement les acteurs politiques à «tourner la page des divergences et adhérer à la bataille pour le changement». Au final, le chef de l’Etat n’a pas lésiné sur la parole pour livrer des orientations sur sa démarche dans le registre économique comme il a bâti sa communication sur les dossiers à fortes charges politiques et symboliques.

Réunion périodique du Conseil des ministres aujourd’hui
Le Président de la République, chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, M. Abdelmadjid Tebboune, présidera dimanche la réunion périodique du Conseil des ministres, a indiqué samedi un communiqué de la présidence de la République. «Le Président de la République, chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, M. Abdelmadjid Tebboune, présidera demain dimanche 23 août 2020 la réunion périodique du Conseil des ministres via visioconférence», a-t-on précisé de même source. Le Conseil des ministres continuera, lors de sa réunion à examiner les exposés sur la relance et le développement des activités sectorielles qui s’inscrivent dans le cadre de la nouvelle approche socio-economique en sus du projet de réalisation de la Grande Mosquée d’Alger, a conclu le communiqué.