En se retirant de la présidence tournante de la Ligue arabe, les Palestiniens ont sans doute compris qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes et que les formules de l’arabité et du «préalable» de la cause palestinienne, avant toute normalisation avec l’Etat hébreu, sont désormais des slogans creux, vidés de toute substance.

Il y a deux semaines, lors de la dernière réunion de la Ligue arabe au Caire le 9 septembre, l’Autorité palestinienne avait exigé le rejet de la normalisation des relations entre Israël et deux pays arabes du Golfe, les Emirats arabes unis et Bahreïn. Aucun écho n’a suivi leur vœu, que tout le monde, y compris les Palestiniens, savait pieux.
A aucun moment, les pays membres n’avaient donné l’impression de parvenir à un consentement. Riyad Al-Maliki, le ministre palestinien des Affaires étrangères avait alors appelé ses homologues arabes à condamner et refuser les accords. Un avis contraire, selon Al-Maliki, aurait été tout simplement un «blanc-seing», une acceptation des normalisations «sur le dos des Palestiniens». Hélas, et on s’y attendait, c’est ce qui s’est passé. La proposition palestinienne a été accueillie par la méprise, voire du déni et de l’indifférence. L’Autorité palestinienne, dont le mandat a commencé le 7 septembre, devait s’achever en mars. Il a été plus court que prévu, les Palestiniens ayant décidé d’abandonner la présidence de la Ligue arabe. Le chef de la diplomatie palestinienne a déclaré, lors d’une conférence de presse à Ramallah, en Cisjordanie occupée, «refuser que le déclin moral, qui était manifeste lors de la dernière réunion (…) soit associé à sa présidence». Paraphés à la Maison-Blanche le 15 septembre dernier, les accords de normalisation, et non de paix – puisque les trois pays, Israël, les Emirats arabes unis et Bahreïn, n’ont jamais été en conflit armé – ont été vus par les Palestiniens comme «un coup de poignard dans le dos».
L’Algérie fidèle aux résolutions de l’ONU
Dixit donc la défunte condition sine qua non pour une normalisation des relations entre les pays arabes et Israël, celle relative à la résolution du conflit israélo-palestinien, les Juifs occupant spécialement la Cisjordanie et Jérusalem-Est depuis plus de 50 ans, après la guerre israélo-arabe de 1967.
Mais depuis l’arrivée de l’Administration Trump, ce dernier et Netanyahu ont surfé sur la crainte des monarchies du Golfe de «l’ogre» iranien qu’il accuse d’ambitions hégémoniques sur la région. Une «protection» armée et surtout économique a été proposée aux pays arabes, mais pas seulement, contre une normalisation avec l’Etat hébreu, et le tout sans aucun préalable ni conditions. Les Emirats et Bahreïn ont donc accepté le deal, «les accords d’Abraham», en septembre dernier emboitant le pas à l’Egypte et la Jordanie, qui avaient signés des accords de paix et de normalisation en 1979 et 1994. «La décision de certains pays arabes de normaliser leurs relations avec Israël n’a été discuté à aucun niveau», a assené El-Maliki, qui a incriminé la Ligue arabe de «couvrir» les Emirats et Bahreïn.
De son côté, Washington surenchère et spécifie que «cinq ou six pays» arabes supplémentaires s’apprêtaient à conclure des accords de normalisation avec Israël. Des sources palestiniennes ont évoqué la semaine dernière Oman, le Soudan, la Mauritanie et le Maroc.
Du côté de la diplomatie algérienne, la position «constante» de l’Algérie en direction de la cause palestinienne, «sacrée pour nous et pour l’ensemble du peuple algérien», regrette, «l’empressement pour la normalisation (avec l’entité sioniste), à laquelle nous ne prendrons jamais part». Ce qui a toujours eu le mérite d’être clair. Le Président Tebboune a aussi souligné que la question palestinienne «est la cause centrale du Proche-Orient». Et a poursuivi par un «je ne pense pas qu’il y aura une solution dans cette région sans la résolution de cette question qui doit être par la proclamation d’un Etat palestinien indépendant sur les frontières de 1967 avec El Qods pour capitale». La fameuse condition avant toute normalisation. Le Président de la République a aussi déclaré que le discours qu’il prononcera à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies, hier, par visioconférence, concernera la défense de la question palestinienne qui ne sera pas écartée par l’Algérie «quelles que soient les circonstances». n