La grève blanche, organisée dimanche dernier par le Syndicat nationale algérien des pharmaciens d’officine (Snapo), a créé de nombreux remous dans le secteur des produits pharmaceutiques en faisant monter au créneau le ministère de l’Industrie pharmaceutique, le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (Cnop) et l’Association algérienne des distributeurs de produits pharmaceutiques (Adpha).
Le ministère de l’Industrie pharmaceutique a ainsi appelé, dimanche dernier dans un communiqué, l’ensemble des acteurs concernés à se «démarquer des manipulateurs d’opinion» et «des actions visant à fragiliser la disponibilité des médicaments pour continuer à faire preuve de responsabilité et à s’inscrire dans une démarche constructive au service du citoyen algérien».
Le ministère de l’Industrie pharmaceutique a tenu également à rassurer les citoyens quant aux «éventuelles ruptures annoncées par certaines parties», estimant que «ces dernières visent à installer un climat d’instabilité et d’inquiétude». Il a également mis en exergue la création toute récente de l’Observatoire national sur la disponibilité des produits pharmaceutiques, impliquant toutes les parties même les prescripteurs.
De son côté, le président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens Abdelkrim Touahria a condamné «fermement les déclarations, publications et appels à la grève et au boycott des commandes par le Snapo» dans un communiqué publié également dimanche dernier, en réaction à la grève blanche organisée par ce dernier.
Pour rappel, à l’annonce de l’organisation du deuxième dimanche, journée de la grève blanche, par le Snapo qui s’est étendue à tout le territoire national, l’Adpha a récusé les accusations portées à l’égard des opérateurs de la distribution pharmaceutique et estimé préférable «de faire prévaloir le dialogue et la recherche de solutions constructives, impliquant producteurs, distributeurs et pharmaciens d’officine en concertation étroite avec les autorités publiques compétentes».

73% de taux d’adhésion à la grève blanche des officines
Pour sa part, le Snapo a affirmé, dans un communiqué publié dans la soirée de dimanche dernier, que la grève blanche a été suivie avec «un taux d’adhésion national de 73%». Il rappelle qu’«il s’agit d’une journée, le dimanche, sans commande, en signe de protestation contre les pénuries que connaît le marché du médicament. Une action qui ne pénalise pas les malades mais qui vise à tirer la sonnette d’alarme sur la situation inquiétante et grave vécue par les pharmaciens dans l’exercice de leur mission de santé publique».
Le Snapo appelle également dans son communiqué qu’«un contrôle rigoureux est requis sur les mouvements des stocks entre les différents opérateurs au sein de ce secteur, d’autant que plusieurs rapports et enquêtes d’institutions officielles de l’Etat attestent de l’existence de graves dysfonctionnements, de monopoles, d’exclusivités et de situations dominantes, qui perturbent fortement le marché du médicament et se trouvent à l’origine des ruptures enregistrées de manière récurrente».
Face aux multiples réactions suite à l’organisation de la grève blanche des pharmaciens d’officine, le président du Snapo, Messaoud Belambri, souligne que «les actions du Snapo n’ont aucune tendance politique et ne porte pas préjudice à la santé du citoyen». Ajoutant que «nous insistons sur le fait que le mouvement déclenché par le Snapo est une réponse aux sollicitudes multiples et répétées des pharmaciens d’officine. C’est un mouvement qui ne porte pas atteinte à la santé des citoyens. Les pharmacies sont restées ouvertes, le service est resté continu et nous avons dispensé nos médicaments».
A propos du communiqué du ministère de l’Industrie pharmaceutique, «c’est une réaction que nous comprenons parfaitement et que nous respectons». Il tient à préciser que «nous sommes partie prenante dans le projet de l’observatoire. Nous avons justement une audience avec le ministère de l’Industrie pharmaceutique dans les prochains jours, c’est une preuve de notre bonne volonté pour œuvrer pour le bien du citoyen et pour réaliser les objectifs tracés par les pouvoirs publics en matière de santé publique et d’accessibilité au médicament». Messaoud Belambri tient également à mettre en exergue que le «Snapo a toujours apporté sa contribution effective et concrète sur le terrain pour l’encouragement de la production nationale».
Concernant la réaction du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, le président du Snapo commente : «La liberté de l’exercice syndical est garantie par la Constitution. Elle s’exerce en dehors de toute ingérence conformément à la loi 90/14 qui interdit toute ingérence dans l’activité syndicale». En insistant sur le fait que «nous sommes dans un pays démocratique et la liberté syndicale est garantie par la Constitution et les lois de la République».
Quant à l’Adpha, qui récuse les accusations du Snapo et lance un appel au dialogue, le président du Snapo réplique que «jamais nous avons accusé l’ensemble des distributeurs, nous avons précisé qu’il s’agissait de certains distributeurs et nous avons dénoncé des pratiques qui sont courantes». Il enchaîne : «Nous avons demandé aux grossistes qui se sont constitués en associations que s’ils souffrent aussi de ces pratiques, ils n’ont qu’à œuvrer pour régler les problèmes de leur corporation et de leurs adhérents, c’est la vocation de tout syndicat et de toute association.»
Messaoud Belambri a également affirmé que «le Snapo reste ouvert à toutes formes de dialogue et de concertation, mais que chacun prenne en charge les problèmes de sa corporation, parce que tous ces problèmes qui sévissent au niveau du secteur de la distribution se répercutent sur le secteur officinal et sur les malades et les citoyens».
Par ailleurs, il a ajouté : «Nous avons préparé la liste noire des distributeurs qui nous a été transmise par les pharmaciens d’officine et nous n’hésiterons pas à déposer plainte devant les structures habilitées du ministère du Commerce et des Tribunaux.» Affirmant ainsi que «le recours aux actions judiciaires n’est pas exclu».
Finalement, le président du Snapo déclare que «le syndicat ne peut pas se taire face à des problèmes qui touchent à la sécurité sanitaire de nos concitoyens. Ni rester passif face à des manœuvres qui déstabilisent dangereusement le secteur sensible du médicament. Il est de notre devoir d’attirer l’attention des pouvoirs publics». Concluant que «le président de la République a demandé à la société civile de jouer son rôle et nous le faisons».