Par Adlène Badis
La partie en train de se jouer au sommet de l’Etat prend véritablement des allures de Vaudeville, tant la scène nationale vire à la confusion entretenue.
La crise politique nationale tend à s’embrouiller alors que le Président avait annoncé son intention de démissionner avant la fin officielle de son mandat, ce 28 avril.
Dès lors, il y eut comme un embrasement sous fond d’annonces, de communiqués et de lettres adressés aux médias. Des chaînes de télévision privées sont carrément devenues des outils où il reste difficile de faire le tri entre l’information et la manipulation. Les rumeurs, fake news et autres faux communiqués sont devenus depuis peu le lot quotidien des Algériens, déroutés par une évolution incontrôlable de la crise.
Cette lutte au sommet entre les centres de décision s’est matérialisée hier à travers la sortie de Ali Benflis, qui semble être rangé irrémédiablement du côté de l’Armée. En usant d’un ton offensif, Ali Benflis, qui a plusieurs fois été candidat malheureux à l’élection présidentielle face à Abdelaziz Bouteflika, semble faire des appels du pied à l’institution militaire, probablement dans des perspectives pas très éloignées. « La plus grande urgence et la plus haute priorité de l’heure résident dans la neutralisation, au plus tôt, de ces forces extra-constitutionnelles, dont la politique de la terre brûlée n’a jamais été autant perceptible et visible », a déclaré Benflis dans son communiqué. L’attaque est plus que jamais dirigée contre la présidence avant même que les mesures importantes soient annoncées. Ces mesures « importantes » que Bouteflika a annoncé lundi « pour assurer la continuité » de l’Etat durant la période de transition, avant de remettre formellement sa démission, semblent ainsi avoir mis le feu aux poudres.
Depuis cette annonce, la tension est montée d’un cran et les déclarations, souvent contradictoires, se suivent à un rythme déroutant. La lettre de l’ex-président Liamine Zeroual, confirmant une initiative parallèle sous l’ex-patron du DRS Tewfik Mediene, est venue ajouter à la confusion d’une situation déjà intenable. En attendant l’annonce de décisions importantes pour l’après-démission de Bouteflika, les Algériens restent en attente d’y voir un peu plus clair dans ce brouillamini intentionnellement entretenu. Le changement futur d’un certain nombre de personnalités à la tête d’institutions importantes devrait s’imposer, afin de donner le maximum de crédibilité à un processus qui s’annonce périlleux.
Intervenant dans des conditions de tension extrême, le nouveau gouvernement fait toujours l’objet de critiques de la part de l’opposition, qui garde soigneusement un pied dans la manifestation populaire. En attendant une décantation qui semble tarder, la situation de tension généralisée reste rythmée par une « communication » dont l’objectif est loin d’être innocent. A l’image de la fausse information du limogeage du chef d’état-major Gaïd Salah, vite démentie, qui a enflammé la blogosphère devenue le lieu d’information par excellence mais aussi celui de manipulations à outrance. Des fausses informations qui parasitent même les nouvelles confirmées. Les enquêtes en cours contre d’influents hommes d’affaires laissent également transparaître cette « guerre de clans » au sommet de l’Etat dans la perspective de l’après-Bouteflika. Un « après » qui reste, face à ce « passage difficile », toujours incertain. n