A la veille d’un nouveau vendredi, devenu le rendez-vous hebdomadaire des Algériens pour exprimer leur volonté de changement, la situation paraît particulièrement délétère. La semaine aura été riche en rebondissements. La crise politique semble s’installer durablement et les possibilités de sortie sont toujours floues au regard de millions d’Algériens qui exigent toujours le départ de tous ceux qui représentent « l’ancien système ».

Les difficultés du chef de l’Etat par intérim Abdelkader Bensalah à entamer des discussions avec la majorité de la sphère politique nationale sont symptomatiques d’une rupture particulièrement franche. La rencontre initiée par Bensalah n’aura pas intéressé grand monde. La salle pratiquement vide, lors du rendez-vous de lundi, aura confirmé ce que tout le monde savait.
L’option de l’élection présidentielle dans la configuration politique actuelle et dans le rejet viscéral d’une majorité d’Algériens demeure impossible à mettre en place. Abdelkader Bensalah est, lui-même, contesté dans son rôle de chef de l’Etat, dont la mission est d’organiser l’élection présidentielle du 4 juillet prochain. Une élection qui, visiblement, s’annonce infaisable dans les conditions actuelles. Alors qu’un certain nombre de ministres et responsables locaux ont le plus grand mal à activer sur le terrain, tant le rejet de la population s’exprime de plus en plus de façon abrupte, les options politiques demeurent incertaines. En tout cas, le chef d’état-major Gaïd Salah, dont les discours sont désormais suivis scrupuleusement, et même s’il a changé de ton hier ne fermant plus la porte à d’autres solutions à la crise politique que vit le pays, il avait insisté mardi à appliquer une feuille de route conforme à l’article 102 de la Constitution toujours en vigueur. Pour l’homme fort du moment, l’Algérie est dans une situation délicate, et vouloir sortir du cadre tracé par la Constitution pourrait mettre le pays en danger.
Le chef d’état-major critiquera, d’ailleurs, vigoureusement l’opposition qui semble réfractaire à la feuille de route actuelle du pouvoir. Alors que la situation politique semble complètement bloquée, suscitant de sérieuses inquiétudes, c’est la sphère judiciaire qui s’est emballée en convoquant des noms connus à l’instar des frères Kouninef et Issad Rebrab. Se sont ajoutées d’autres personnalités et pas des moindres, Amar Ghoul, Chakib Khelil et même Sellal et Ould Abbès ont été cités. Les affaires de justice qui ont touché des personnalités du monde politique et économique ont, durant pratiquement toute la semaine, accaparé l’attention de l’opinion. L’incarcération de l’homme d’affaires Issad Rebrab a d’ailleurs suscité l’indignation et l’incompréhension. Ces affaires judiciaires médiatisées concernant des noms notoires sont, estiment certains observateurs, une réponse à l’exigence des Algériens de vouloir juger «ceux qui ont dilapidé l’argent du peuple ». Pour d’autres, il ne s’agit que de « simples actions populistes», alors que le pays est toujours en quête d’une sortie de crise véritable avec le moins de conséquences néfastes. Mercredi, Gaïd Salah s’est, de nouveau, exprimé en atténuant le discours de la veille sur les possibilités de sortie de crise. Il annoncera même offrir «des garanties suffisantes aux services judiciaires pour poursuivre avec détermination et en toute liberté, sans aucune contrainte ni pression, le jugement de ces corrompus…». Ce vendredi devrait, comme à l’accoutumée, constituer un test pour la suite de la crise politique qui tend à s’éterniser. Le mouvement populaire qui n’arrive toujours pas à dégager des représentants, alors que la crise fait du surplace, devrait, en plus de confirmer sa détermination pour le changement, s’exprimer sur les derniers développements d’une crise à rebondissements.<