La visite du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez à Alger est une occasion pour l’Algérie de mettre en application le nouveau visage imposé depuis l’élection du président Tebboune. Il est important de marquer le coup et avec des relations entre les deux pays sur de nouvelles bases. L’important est de démontrer aux Espagnols qu’ils n’ont plus à négocier avec un régime, mais avec un Etat sûr de ses attributs. Madrid veut convaincre Alger de revoir à la baisse le prix du gaz ! Evidemment que c’est négociable, mais avant tout, il faut mettre en application le « gagnant-gagnant ». La diversification des clients décidée par l’Algérie, et dont les « prémices » ont déjà commencé, est une bonne décision pour se retrouver en position de force. Si l’Espagne veut « plus », alors elle va devoir donner « plus ».
La visite du Premier ministre espagnol aura également un autre objectif, celui de se positionner sur le secteur de l’automobile algérien. Un marché dans lequel la marque ibérique, Seat, s’est bien positionnée ces dernières années (18 650 véhicules vendus en 2019). L’Espagne aura donc à cœur de conserver ses acquis, mais il faudra revoir sa « copie ». Le secteur de l’automobile algérien étant en pleine recomposition, les parts de marché ne seront plus les mêmes.
L’économie ne sera certainement pas le seul volet qui sera abordé lors de cette visite de Pedro Sanchez. Deux autres points cruciaux seront mis sur la table. Le premier est la question migratoire, qui reste toujours d’actualité. Le flux des harragas algériens qui tentent encore et toujours de rejoindre les côtes espagnoles reste un épineux problème à régler entre les deux pays.
Le second point à « exploiter » sera la résolution du conflit du Sahara occidental. Ayant son mot à dire sur cette région, Madrid sera certainement interpellée par Alger pour s’impliquer davantage. Le poids de l’Espagne à l’ONU ne sera pas négligeable dans les discussions en cours pour la désignation d’un nouvel envoyé spécial au Sahara Occidental. Une décision qui n’a que trop tardé. Le dossier sahraoui reste malheureusement «suspendu» depuis la démission « pour des raisons de santé » de l’ancien émissaire onusien, l’allemand Horst Köhler, en mai 2019. Dix-huit mois «d’absence», c’est 18 mois de prolongement de la souffrance du peuple sahraoui. L’Espagne ne peut pas se départir de sa responsabilité historique dans ce processus de décolonisation.