Après une journée d’emballement et d’interrogations suscitées par l’interpellation de deux anciens généraux du service des renseignements (ex-DRS) et de l’ancien conseiller à la Présidence de la République, l’on sait désormais un peu plus sur l’affaire aussi bien par l’image que par la communication émanant de la Cour d’appel militaire de Blida.

Par l’image, les trois personnes, Toufik Mediene, Bachir Tartag (Athmane de son vrai prénom) et Saïd Bouteflika, ont été filmées par la chaîne de télévision publique alors qu’elles se rendaient à la juridiction militaire après avoir été arrêtées la veille par les éléments de la DGSI, une structure des services de renseignements. Par la communication, c’est la Cour d’appel militaire de Blida qui a fait état, hier, de la mise en détention provisoire des trois prévenus pour « atteinte à l’autorité de l’Armée » et « complot contre l’autorité de l’Etat ». La même source, reprise par l’APS, a expliqué que « pour les besoins de l’enquête, le Procureur militaire de la République près le Tribunal militaire de Blida a chargé un juge d’instruction militaire d’entamer la procédure d’instruction, et après mise en inculpation, ce dernier a rendu des mandats de placement en détention provisoire à l’encontre des trois prévenus ». Cette séquence, qui marque visiblement une étape importante dans le feuilleton politique de l’après-Bouteflika, dont le départ du pouvoir a été précipité par le mouvement populaire du 22 février, n’en rappelle pas moins la guerre larvée déclarée par le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, notamment à l’encontre de l’ancien patron de l’ex-DRS. Le vice-ministre de la Défense nationale reprochait, en effet, à l’ancien directeur des services de renseignements la tenue d’une réunion secrète avec Bachir Tartag, l’ancien chef de l’Etat, Liamine Zeroual, et le conseiller à la Présidence de la République Saïd Bouteflika. La tenue de cette réunion a généré une réaction des plus musclées de la part de Gaïd Salah. « Ces parties, à leur tête l’ex-chef du Département du renseignement et de la sécurité, ont tenté, en vain, de nier leur présence dans ces réunions et d’induire en erreur l’opinion publique et ce, en dépit de l’existence de preuves irréfutables sur ces faits abjects », déclarait-il sur un ton ferme. Le chef de corps d’Armée a brandi, par la suite, la menace de poursuites à l’égard du général Toufik. « Je lance à cette personne (Toufik) un dernier avertissement, et dans le cas où elle persiste dans ses agissements, des mesures légales fermes seront prises à son encontre». C’est désormais fait. Mais pas qu’avec le général Toufik, dans la mesure où Tartag et Saïd Bouteflika ayant pris part à cette réunion n’ont pas été épargnés par les poursuites promises par Gaïd Salah. Mais, en attendant que soient apportés de nouveaux éclaircissements dans ces dossiers, les implications de cette séquence ne devront pas manquer au vu des titres et des postes que les inculpés ont eu à occuper au sein des institutions de l’Etat aussi bien civiles que militaires. Il faut rappeler que deux autres anciens responsables de l’institution militaire ont été poursuivis récemment. Un mandat de dépôt a été, en effet, délivré contre l’ancien commandant de la 2e Région militaire, le général Bey Saïd, et un mandat d’arrêt a été émis à l’encontre de l’ancien commandant de la 1re RM, le général Chentouf Habib.