A partir de 2021, l’essence super ne sera plus commercialisée dans les stations-services. Le gouvernement entend également limiter progressivement la consommation du diesel. Des décisions qui annoncent des changements importants dans l’industrie des carburants dans notre pays. Rachid Nadil, président de l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH), nous en donne les explications.

Ces décisions ont pour principales motivations la réorientation et l’optimisation de l’appareil de raffinage national en vue d’interdire les importations de carburants en 2021, ainsi que la préservation de la qualité de l’air. Ainsi, à partir de 2021, l’essence super avec plomb ne sera plus commercialisée dans les stations, telle est la décision du gouvernement. «On en est aux préparatifs de l’opération consistant à supprimer la distribution de l’essence super dans les stations- services. Pour enlever les traces de plomb dans les cuves destinées à stocker l’essence dans les stations-services, il faut une certaine période», explique le Président de l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH), Rachid Nadil, contacté par Reporters.
Cette agence a entre autres pour missions importantes la régulation du marché, notamment de la distribution des carburants, la tarification des produits pétroliers et le contrôle des installations de production ou d’exploration dans le secteur des hydrocarbures sur le plan sécurité, impact environnemental et conformité des équipements aux normes internationales. Les principales raisons de cette décision s’avèrent la préservation de l’environnement, à savoir limiter la pollution de l’air et arriver à la suppression des importations de carburants en 2021 par la réorientation de l’appareil de raffinage vers uniquement la production de l’essence normale, sans plomb et le diesel. Dans un communiqué du ministère de l’Energie, rendu public, ce département a indiqué que l’essence diesel prédomine dans la consommation globale de carburants : «Sur une consommation de 15 millions de tonnes de carburants,10,4 millions de tonnes sont de l’essence diesel, soit 69%, 3,9 millions de tonnes d’essence normale, super avec plomb et essence sans plomb (26%) et 750 000 tonnes en GPLC (5%). L’Algérie a importé l’an dernier pour 913 000 tonnes de gasoil et 578 000 tonnes d’essence sans plomb.» Le communiqué précise que trois essences sont commercialisées, l’essence normale avec un indice d’octane entre 86 et 89. Le marché national couvre 100% des besoins. Elle est consommée surtout par des véhicules ne nécessitant pas une qualité d’essence (vieux véhicules). L’essence super avec plomb avec un indice d’octane de 92 (qui sera supprimée du circuit de distribution à partir de 2021) est aussi produite par nos raffineries, alors qu’elle est nuisible à l’environnement et n’est plus produite ou utilisée dans la majorité des pays. C’est ce type d’essence qui va être supprimée en grande partie ou reformulée avec un retrait de plomb pour être transformé en super sans plomb avec un indice d’octane 95 que nous ne produisons pas assez et que nous avons besoin, en ce moment, d’importer des volumes de compensation. L’arrêt de l’importation des carburants en 2021 sera compensé sur le marché national par le retrait et la reformulation de l’essence super avec plomb. A compter de 2021, deux types d’essence seront commercialisés, l’essence normale et l’essence super sans plomb. Cette décision annonce, en d’autres termes, la fin de la distribution à la pompe de l’essence super avec plomb.

Baisse de la consommation de carburant de 50% à fin juin 2020 suite à la Covid-19
Rachid Nadil précise en ce sens que l’Algérie n’importe pas l’essence normale et l’essence super avec plomb. Elle n’importe que l’essence diesel et l’essence sans plomb. En résumé, à partir de 2021, l’essence super sans plomb va remplacer l’essence super avec plomb. Le Président de l’ARH indique dans la foulée que l’Algérie a importé entre 1 et 2 milliard de dollars de carburants en 2019. Le marché national enregistre, en revanche, en 2020, une nette chute de consommation de carburant à cause principalement des effets de la Covid-19. «La baisse de consommation de carburants à fin juin 2020 est de 50%», a-t-il signalé. Du coup, la facture d’importation de carburants en 2020 pourrait baisser de 20 à 30%. Comme Sonatrach importe des carburants sur la base d’un contrat annuel, elle s’est retrouvée, avec la faiblesse de consommation, avec un surstock de carburants ou un excédent d’offre. «Elle a dû exporter les quantités en surplus en 2020», a indiqué Rachid Nadil. Le premier responsable de l’ARH a relevé que les stocks de carburants ont remonté l’année en cours. «L’autonomie en carburants est actuellement de 16 à 20 jours».
Vers l’utilisation d’un procédé permettant de réduire la consommation de l’essence diesel
Quant à la problématique de la dieselisation du parc automobile et de la prédominance du gasoil, une essence très polluante, dans la consommation nationale de carburants, le gouvernement a un projet pour limiter cette consommation, une solution intermédiaire avant d’envisager une mesure plus courageuse. Le Président de l’ARH a indiqué qu’un procédé polonais «dual fuel» permet pour le propriétaire d’un véhicule d’utiliser dans ces déplacements l’essence diesel et le GPLC. Ce procédé pourrait être utilisé en Algérie à partir de 2021. En clair, le véhicule avec ce procédé a deux réservoirs, un réservoir gasoil et un réservoir GPL. Ce «dual fuel» peut être utilisé par les groupes électrogènes. Avec l’utilisation de cette solution, l’Algérie pourrait réduire sa consommation d’essence diesel ou de gasoil de 30 à 40%, a-t-il estimé. Quant à la généralisation du GPL carburant, le gouvernement a en programme la conversion de 200 000 véhicules en 2021.
Peu polluant, beaucoup moins cher, ce carburant a des avantages qui incitent à sa généralisation à une bonne partie du parc automobile. Khaled Boukhelifa, ancien Directeur général de l’énergie, consultant, estime qu’il faut une campagne de communication plus musclée pour accroître sensiblement sa consommation. «Une bonne partie de la population n’est pas convaincue des bienfaits du GPL carburant dit communément Sirghaz», a-t-il signalé.