Le directeur général du commerce extérieur au ministère du Commerce, Saïd Djellab, est revenu, hier, sur les ondes de la Radio nationale, sur les principales motivations qui ont conduit le gouvernement à abroger, par décret dès janvier 2018, le régime des licences d’importation.

Ces dernières, une procédure administrative de régulation du commerce extérieur, ne donnaient plus de résultats escomptés, alors que la dynamique économique du pays exigeait d’autres instruments mieux adaptés : nouvelle taxation des produits importés et relèvement des droits de douanes. Il est vrai, rappelle M. Djellab, que le système des contingents avait été instauré afin de freiner les sorties en devises du pays, causées principalement par l’importation de véhicules, dont la facture a culminé à 4 milliards de dollars. Puis ce fut au tour du rond à béton et du ciment d’être contingentés, et enfin une liste de 22 autres groupes de produits. Résultat des courses, de 51 milliards de dollars en 2015, l’Algérie, qui avait alors instauré ce système de régulation, est passée à 46 milliards en 2016, et à 42 milliards durant les onze mois de cette année. Surtout, il a permis de réduire le déficit de la balance des paiements de 17 milliards de dollars, entre 2014 et 2015, puis de 17 milliards de dollars entre 2015 et 2016, et enfin à 10 milliards de dollars sur l’échéance 2016 à novembre 2017. Maintenant qu’il n’est plus question de quota d’importation, excepté pour les véhicules, il s’agira également de suspendre l’importation de 851 sous-positions tarifaires issues de 51 groupes de produits. Et M. Djellab de préciser que la suspension qui frappera l’importation de tous ces produits est «provisoire», vu que c’est une «mesure de sauvegarde» de «la balance des paiements», encore «déficitaire».

Aider les producteurs nationaux
Mais cette mesure de suspension sert une autre cause, celle des producteurs nationaux ! «Nous n’avons pas choisi par hasard cette liste de produits, mais sur la base de requêtes des opérateurs économiques nationaux, dont certains ont exprimé le vœu d’augmenter leurs capacités de production, ce que mpêchait l’importation, alors que d’autres nous ont fait part de discussions qu’ils menaient avec des opérateurs étrangers pour mettre en place en commun des entreprises de production ici-même », affirme M. Djellab. Il révèle que «le gouvernement a établi un moratoire avec les producteurs nationaux dont le créneau est menacé par l’importation pour leur offrir la marge nécessaire pour s’installer sur le marché». Et de citer comme exemple le secteur du machinisme agricole, regrettant qu’à cause de l’import, 1 000 moissonneuses-batteuses produites dans le pays souffrent de mévente. A la question de savoir si le gouvernement a cédé aux pressions du patronat, en particulier celui affilié au Forum des chefs d’entreprise (FCE), M. Djellab réfute cette thèse, en expliquant que «le gouvernement a simplement décidé de changer de cap», car il disposait du choix des instruments de régulation, ce qu’il a fait ! A-t-il alors cédé à une «pression extérieure», de l’Europe, par exemple ? «Non», rétorque M. Djellab. Ce dernier affirme que l’Algérie a usé de mesures prévues dans les textes des accords commerciaux internationaux auxquels elle a adhérés, y compris l’accord d’association avec l’Union européenne. D’ailleurs, ce même accord, rappelle M. Djellab, dispose d’un article qui rend possible toute mesure de sauvegarde en cas de déficit de la balance des paiements de l’un des partenaires. Il fait allusion à l’article 40 de l’accord d’association qui énonce que «si un ou plusieurs Etats membres de la Communauté ou l’Algérie rencontrent ou risquent de rencontrer de graves difficultés en matière de balance des paiements, la Communauté ou l’Algérie, selon le cas, peut, conformément aux conditions fixées dans le cadre de l’Accord général sur les tarifs douaniers et commerce et aux articles VIII et XIV des Statuts du Fonds monétaire International, adopter, pour une durée limitée, des mesures restrictives sur des transactions courantes, qui ne peuvent excéder la portée strictement indispensable pour remédier à la situation de la balance des paiements».
Enfin, le pays n’est pas engagé dans une politique de régulation de l’import, mais il l’est aussi en faveur de l’export, pour lequel il s’est associé avec le Centre du commerce international Genève – une agence conjointe de l’Organisation mondiale du commerce et des Nations unies pour aider les pays en développement et en transition à définir des stratégies d’export – pour arrêter une «stratégie nationale de diversification des exportations». Dans ce chapitre, M. Djellab annonce une rencontre de concertation, dès février 2018, avec tous les opérateurs économiques, avant de sortir avec une « une première feuille de route sur la diversification des exportations», prévue, théoriquement, pour juin.