Par Khaled Remouche
Les acteurs du numérique estiment que la suppression de la Taxe intérieure de consommation (TIC) fixée à 30% est une mesure positive. En ce sens, le président du Groupement algérien des acteurs du numérique (Gaan), Bachir Tadjeddine, contacté par Reporters, salue cette disposition de la Loi de finances complémentaire (LFC) 2022. «La suppression de la taxe intérieure de consommation est une bonne mesure. Elle permet de rendre les prix des ordinateurs plus accessibles aux citoyens et aux entreprises. La TIC était de 30%, ce qui se répercuté sur les prix rendant très chers les ordinateurs. Ainsi, cette mesure permet de diminuer les prix des ordinateurs et aux entreprises du domaine du numérique de rénover leur parc d’ordinateurs, mais elle reste insuffisante», a-t-il affirmé. Il estime que les produits informatiques restent encore très taxés : 30% de droit de douane, 19% de TVA. Le groupement a, dans un document transmis en 2020 au Premier ministre, demandé à ce que les droits de douane sur les produits informatiques soient à un taux réduit, 5%. Pour notre interlocuteur, ces taxes très importantes sont en contradiction avec la volonté des pouvoirs publics de digitaliser l’administration et les entreprises. Concernant le chantier de digitalisation de l’Algérie, Bachir Tadjeddine estime qu’il a connu des progrès, mais est loin de connaître une avancée appréciable : «L’administration peine à la digitalisation ; on est loin du zéro signature, zéro papier. C’est ce qui bloque l’économie du numérique», explique-t-il.

Le premier responsable du groupement souligne qu’il n’existe pas d’économie développée dans le monde qui ne s’appuie pas sur le numérique. «L’économie numérique en Algérie est marginalisée», a-t-il déploré ajoutant que «l’économie numérique en Algérie pèse seulement 3% du PIB» et connait plusieurs blocages. Il citera la cherté des équipements informatiques et les restrictions à l’importation de logiciels pour la sécurité informatique. «La Banque d’Algérie sur ce dernier point traite les dossiers au cas par cas. A tel point que les grandes sociétés internationales spécialisées dans les logiciels ne veulent pas traiter avec l’Algérie. L’Algérie est classée zone rouge s’agissant de l’importation de logiciels destinés à la sécurité informatique en raison d’impayés», a -t-il précisé.
L’économie numérique pèse seulement 3% du PIB
L’Algérie a connu des avancées dans ce domaine, reconnaît néanmoins le président du Gaan. Par exemple, une autorité pour la certification existe en Algérie et est reconnue à l’international, elle est importante pour la signature de documents à travers internet. C’est une grande avancée. Mais aucun ministère n’utilise ses services pour la certification de la signature de documents administratifs, relève Bachir Tadjeddine. Le président du Gaan estime en ce sens qu’il faut créer un écosystème pour que l’économie numérique s’impose en Algérie. La volonté politique du chef de l’Etat et du gouvernement est là, mais sur le terrain, cet écosystème n’est pas mis en place pour booster l’économie numérique. Il faudrait une vision qui se décline en stratégie pour qu’elle se développe en Algérie. «Cette vision et cette stratégie n’existent pas en Algérie. Il faudrait une task force une supra autorité au niveau de la Présidence qui pilote ce développement de l’économie numérique en Algérie. Car l’économie numérique est une activité transversale dont le développement dépend de plusieurs ministères», observe-t-il. Quant à la production locale d’équipements informatiques, il juge que l’assemblage de produits informatique est possible mais pas la fabrication intégrée en raison des difficultés de produire sur place les composants, une activité qui, à l’international, est entre les mains de quatre à cinq grandes sociétés. Concernant le contenu local, il faut aller, par exemple, vers un youtube local ou un facebook. Car, explique-t-il, ce sont ces derniers et autres qui profitent de la bande passante algérienne. L’Algérie paye pour les heures d’internet passées par les internautes algériens sur facebook ou youtube ou google. Le président du Gaan ajoute que 90% des internautes algériens utilisent facebook. n