Alors que le confinement a été prolongé jusqu’au 29 avril, c’est plutôt une baisse de vigilance que l’on peut malheureusement constater ces derniers jours dans les quatre coins du pays, donnant parfois l’image d’une large non-adhésion aux règles de prévention prises par les autorités pour empêcher la propagation du coronavirus.


Une attitude manifestement source d’inquiétude à mesure qu’elle se généralise, notamment dans des marchés où on s’agglutine le plus normalement du monde alors que la distanciation est fortement recommandée par les autorités sanitaires.
Pareillement au niveau de quelques administrations, à l’image des bureaux de Poste où les clients se bousculent pour accéder aux guichets alors qu’il était attendu à ce niveau une organisation citoyenne qui tiendrait compte des exigences du contexte sanitaire.
Contacté par nos soins, l’universitaire Rabah Lounici, enseignant à l’université d’Oran, estime que cette attitude est due à plusieurs causes. «La première c’est le prolongement du confinement pour dix jours seulement au lieu de 15 jours. Les citoyens ont cru alors que la pandémie est en régression, surtout que le Président a dit qu’il est optimiste pour le début du mois de mai. La deuxième cause c’est l’arrivée du mois de Ramadhan qui voit les citoyens courir pour s’approvisionner».
M. Lounici cite également une autre cause qui n’est pas moins importante, celle de l’oisiveté dictée par le confinement et le manque d’espaces et de moyens de distraction dans les foyers.
«Une longue période de confinement pour des gens qui ne sont pas habitués à un tel quotidien. Je pense qu’il faut accompagner la mesure par un travail de sensibilisation pour une meilleure application du confinement comme seul moyen d’endiguer définitivement cette pandémie», suggère l’universitaire.
«Un travail de communication devrait être mené par les administrations à l’égard de leurs usagers que l’on doit rassurer dès qu’approche la date de versement des pensions et allocations de retraites», souligne, pour sa part, un retraité du secteur bancaire. «Il faut craindre sérieusement que les gens baissent la garde en faisant fi des règles de confinement et en se disant, à tort, que cela ne toucherait que les autres».
Pourtant, les pouvoirs publics et les membres du Comité de suivi de la situation de pandémie n’ont pas cessé d’évoquer une corrélation entre l’avancée du coronavirus et la non-adhésion des citoyens aux mesures décidées par les autorités en cette période de crise sanitaire.
«Le non-respect de ces règles influera dangereusement sur la trajectoire de cette épidémie jusque-là contenue, car il a été prouvé l’existence d’une forte corrélation entre sa propagation et les négligences liées au comportement des citoyens», a averti samedi le Gouvernement dans le communiqué annonçant le prolongement du confinement.
Le docteur Mohamed Bekkat-Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du coronavirus, a fait part, quant à lui, d’un mois de carême «décisif» quant à l’évolution de la pandémie.
Dans ces mêmes colonnes, Mahmoud Boudarène, psychiatre, évoquait «des attitudes de déni de la menace avec refus de se soumettre aux recommandations indispensables mettant ainsi en danger le groupe social».

Suspension des Tarawih, une obligation légale
Par ailleurs, la commission ministérielle de la fatwa a insisté, lundi, sur la nécessité sanitaire de suspendre la prière de Tarawih durant le mois de carême qui sera observé à partir de ce week-end. Une fetwa qui est en parfaite adéquation avec le contexte sanitaire mais qui doit trouver l’adhésion nécessaire de la part des fidèles. En effet, c’est lors d’une réunion de ses membres en présence du représentant du ministère de la Santé et porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du coronavirus, Djamel Fourar, que la Commission de la fatwa a apporté des réponses à plusieurs questions posées en cette conjoncture exceptionnelle, notamment en ce qui concerne la prière de Tarawih.
C’est ainsi que la Commission a expliqué que «le recours à la suspension de la prière de vendredi et des prières collectives et à la fermeture des mosquées et des lieux de culte, à travers le territoire national, est devenu une obligation légale jusqu’à ce qu’Allah lève cette épreuve».
Cette suspension s’applique également «et en premier lieu» à la prière de Tarawih, car étant une Sunna que le Prophète (QSSSL) avait accompli, en groupe, deux ou trois soirs durant le Ramadhan avant de s’abstenir de sortir (à la mosquée) lorsque la présence des fidèles était devenue massive, justifiant ceci en disant : «Je crains qu’elle ne vous soit imposée comme obligation», rappelle la Commission. Cette dernière a ajouté que «par la suite, il (le Prophète QSSSL) l’avait accompli chez lui», soulignant que l’Islam prône la facilité, notamment en pareilles circonstances.