Le dossier des subventions revient sur le devant de la scène avec le lancement, hier, au ministère des Finances des discussions en commission pour baliser le terrain à cette réforme tant attendue. Le projet est souhaité depuis des années pour que les aides de l’Etat profitent seulement aux couches les plus vulnérables de la société. Mais il intervient cette fois dans un contexte de double crise, financière et sanitaire, marqué par une érosion généralisée du pouvoir d’achat des ménages : un phénomène qui touche désormais d’autres catégories que celles des petits revenus et qui risque d’avoir un coût social important, voire risqué.

En effet, une réunion devait se tenir, hier, au ministère des Finances. A l’ordre du jour figurait le projet de création d’une agence chargée d’exécuter le programme d’aide (subventions). C’est ce qui a été rapporté par le sénateur Abdelouahab Benzaim, convié au même titre que l’autre sénateur Ahmed Kharchi à ladite réunion par le Directeur général du budget au ministère des Finances. Cette réunion fait suite à l’annonce du ministre des Finances Aymen Benabderrahmane qui, début janvier, avait dit que le chantier si sensible et si délicat de la réforme des subventions allait être relancé durant le second semestre de l’année en cours. Il a précisé que la révision de la politique des subventions de l’Etat, en vue de cibler les catégories sociales qui en ont le plus besoin, interviendra au plus tard le deuxième semestre de 2021. Le ministre a fait savoir à la même occasion qu’un calendrier de la mise en œuvre de cette réforme a été d’ores et déjà arrêté. La réunion qui devait se tenir hier semble ouvrir le calendrier de ladite refonte puisque l’ordre du jour porte sur la création d’une agence dont la mission serait de suivre l’exécution de la réforme. Aymen Benabderrahmane avait expliqué également que les conditions d’accès aux produits subventionnés ont été identifiées. Il a fait savoir, dans ce contexte, que l’enveloppe destinée au soutien au titre du budget 2021 avait été portée à 17 milliards de dollars, soit 1 960 milliards de dinars. «Il n’est pas normal que les catégories aisées acquièrent les produits subventionnés au même prix que les citoyens à faible revenu», a-t-il estimé, relevant «une injustice» dans la répartition de ce soutien. «Nous œuvrons pour que le soutien de l’Etat profite aux citoyens qui en ont le plus besoin», a-t-il expliqué. En annonçant l’enveloppe destinée à l’action sociale de l’Etat au titre de l’exercice actuel, le ministre des Finances exclut bien évidemment de son calcul les subventions implicites et indirectes qu’injecte l’Etat annuellement dans le soutien au logement, à la santé, à l’emploi et aux entreprises. Sans parler également des subventions fiscales accordées aux entreprises et certains secteurs d’activité, dont l’Agriculture. Un domaine qui échappe complètement à la politique fiscale. Le ministre n’a probablement pris en compte que les subventions aux produits de large consommation, à savoir la semoule et le lait, ainsi que le soutien de l’Etat aux prix des produits énergétiques, à savoir les carburants, le gaz et l’électricité. Le soutien aux prix des produits énergétiques se taille la part du lion dans cette politique sociale de l’Etat avec des conséquences pesantes sur la trésorerie de Sonatrach et Sonelgaz. Les carburants, le gaz et l’électricité accaparent environ la moitié des montants injectés dans les subventions, soit environ 12 milliards de dollars annuellement. Près de 5 milliards de dollars sont injectés en revanche sous forme de subventions à l’habitat et aux formules d’accès au logement, tandis que les familles et les produits de base bénéficient d’un soutien annuel d’environ 4,5 milliards de dollars, la santé (3,2 milliards de dollars). Le gouvernement fait depuis peu le constat d’une politique désormais insoutenable pour le budget de l’Etat. Le rabotage de ces dépenses s’annonce inévitable, voire souhaitable, sauf que cette réforme intervient dans un contexte de double crise, financière et sanitaire, marqué par une baisse drastique du pouvoir d’achat des ménages et des entreprises. Une réforme de la politique des subventions dans cette conjoncture ne ferait qu’éroder davantage le pouvoir d’achat, notamment celui des classes moyennes qui, de prime abord, devraient supporter l’essentiel du fardeau de la fin des subventions. Une réforme à double tranchant.