par Fazil Asmar
Le gouvernement s’apprête à instaurer, à travers le Projet de loi de finances 2022, des subventions ciblées, conciliant efficacité économique et cohésion sociale. En réaction, l’expert international en économie, Abderrahmane Mebtoul, s’interroge sur le devenir du système de protection sociale pratiqué en Algérie. D’autant plus, rappelle-t-il, qu’actuellement, la cohésion sociale est remise en cause en raison du taux d’inflation rarement égalé entre 50% et 100%, en 2021, pour les produits non subventionnés. «L’inflation réalise une épargne forcée en quelque sorte, et ce, au détriment des revenus fixes. La politique de nivellement par le bas, pratiquée pour assurer une paix sociale, éphémère ceci dit en passant, a provoqué une grande fraction des couches moyennes, pivot de tout processus de développement, qui ont rejoint les couches pauvres, accentuant d’ailleurs l’exode des cerveaux», remarque-t-il, avant de revenir sur le déficit budgétaire qui dépassera, dans le PLF 2022, les 30 milliards de dollars. Selon les organisations internationales, pour que son équilibre budgétaire soit assuré, l’Algérie aura besoin d’un baril de plus de 135 dollars en 2021 et de 157 dollars en 2022, estimant que le prix du baril fixé par la loi de finances 2022 n’est qu’un «artifice comptable». «Les réserves de change de l’Algérie sont passées de 194 milliards de dollars au 1er janvier 2014 à 48 milliards de dollars, fin 2020, et à 44 milliards de dollars, en mai 2021, malgré toutes les restrictions qui ont paralysé la majorité de l’appareil de production. Le marché du travail, quant à lui, est alimenté par la dépense publique via la rente avec les emplois dominants dans les administrations. Dans ce cas-là, comment financer une réelle protection sociale ? Surtout que cette dernière et les modalités de transferts sont tellement complexes que plus personne ne sait qui paye et qui reçoit», note-t-il. Pour une solution durable de la protection sociale, selon lui, il faudra prendre en compte le taux de croissance économique et maîtriser le cadre macroéconomique, l’inflation et la pression démographique. «Certes, les redistributions sociales sont nécessaires, résultant d’ailleurs intrinsèquement d’une gestion collective des risques et contribuant, grâce à la solidarité collective, à l’efficacité de tout système économique. Mais ce n’est pas parce qu’elles sont nécessaires qu’elles ne doivent pas être maîtrisées Or, jusqu’à présent, on ne connaît pas le circuit des redistributions. On ne sait pas si c’est entre les classes d’âge, entre générations ou entre niveaux de revenus ou de patrimoine», révèle-t-il. Le principe de justice exige, soutient-il, que ce réseau soit maîtrisé, qu’un système d’information crédible en temps réel soit mis en place et que les mécanismes de transferts et de redistribution sociaux reposent sur des critères objectifs, parfaitement transparents au niveau de la branche ou au niveau national. «Les tensions sociales sont atténuées artificiellement grâce aux recettes des hydrocarbures qui permettent des subventions et des transferts sociaux.
Le PLF 2022 prévoit 1 942 milliards de dinars, soit 19,7% du budget de l’Etat, contre 24% en 2021. Mais le plus important, c’est de mettre fin aux anciens comportements rentiers et atténuer le processus inflationniste. On ne peut pas réguler le marché par des mesures administratives bureaucratiques, les lois économiques étant insensibles aux slogans politiques», dit-il, en prévenant contre les mesures conjoncturelles et d’urgence. Les citoyens, signale-t-il, sont très attentifs à tout ce qui touche à leurs revenus. «Attention donc aux déclarations et aux mesures hâtives qui conduiraient à de vives tensions sociales. La sécurité nationale exige une nouvelle gouvernance, loin des promesses populistes et des louanges. Durant cette phase de vives tensions budgétaires et sociales, nous avons besoin de la moralité des dirigeants et d’actions concrètes sur le terrain», conclut-il.